Ordre du Temple

19 juillet 2007

Il y a deux histoires...

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- « Messieurs, il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète où sont les véritables causes des événements… »

Honoré de Balzac, auteur de cette phrase, aurait pu la prononcer avec forte pertinence à propos de l'Ordre du Temple...

De l'histoire des Chevaliers aux Blancs Manteaux en effet, la mémoire collective a retenu principalement :

- Une véritable rafle policière menée dans l'ensemble du royaume de France en 1307.

- Un bûcher dressé à Paris un soir de Mars 1314.

- Une étrange malédiction proférée contre un Roi cupide, Philippe le Bel, et un Pape veule, Clément V.

- Un fabuleux et mystérieux trésor, objet de toutes les convoitises, mais demeuré introuvable...

A leurs corps défendants, les Templiers ont nourri et continuent de nourrir, depuis 7 siècles les fantasmes les plus divers.

L'auteur de ce blog, n'a pas la prétention de lever enfin le voile sur les mystères Templiers, il souhaite humblement faire partager sa passion pour l'aspect exotérique et ésotérique de l'Ordre de Chevalerie le plus puissant et le plus mystérieux que l'Orient et l'Occident aient jamais engendrés :

L'Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ( Pauperes Commilitones Christi Templique Salominici ) plus connu sous le nom de... l'Ordre des Templiers !

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21 juillet 2007

Question

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Question :

Pourquoi nos historiens ont-ils sciemment accrédité et vulgarisé une histoire qu’ils savaient fausse ?

Cette légende de 9 Chevaliers, conduits par Hugues de Payns, se rendant en 1119, à Jérusalem se présenter au Roi de Jérusalem, pour soi-disant garder et sécuriser les routes des pèlerinages en Terre Sainte… ne résiste pas à une étude approfondie  ! 

Comment 9 Chevaliers, fussent-ils braves autant qu’audacieux, pouvaient-ils assurer à eux seuls la sécurité des chemins d’une si large étendue ? C’était au mieux très optimiste et au pire suicidaire… (D’autant que l’Ordre des Hospitaliers de St - Jean de Jérusalem, créé quelques années plus tôt, y parvenait pas trop mal sans eux...)

- Pourquoi en outre, créer spécifiquement dans ce seul but, un Ordre révolutionnaire dans son concept, au lieu de simplement prêter main-forte aux Hospitaliers de Saint-Jean ?

- D’ailleurs, si l’Ordre du Temple fut réellement créé dans ce seul but, pourquoi en consultants les récits de l’époque, tant occidentaux, qu’orientaux, ne trouve t-on aucune trace, ni aucune mention de leur participation à des conflits, des batailles ou autres faits d’armes pendant plus de 5 ans !

On constate avec étonnement que Foucher de Chartres, le chapelain de Baudouin II, n’a fait aucune mention de ces Chevaliers dans ses vastes chroniques qui couvrent les neufs premières années de l’existence de l’Ordre… La plus ancienne preuve connue de l’existence des templiers date de 1121, lorsqu’un certain Comte FoulquesV d’Anjou logea avec des templiers et leur laissa ensuite une annuité de trente livres angevines

- Pourquoi n’avoir en outre recruté aucun autre Chevalier durant cette longue période… ?

- En dehors d’assurer la garde du défilé d’Athlit : Qu’avaient fait les 9 Templiers durant ces 9 années… ?

C’est seulement lors du Concile de Troyes (14Janvier1128) que l’Ordre est officiellement créé !

Pourquoi après une rencontre avec le Grand Maître des Templiers, le Pape leur a-t-il soudain accordé en 1139 (Bulle : Omne datum optimum) des privilèges exorbitants leur permettant en peu de temps de constituer un véritable empire et n’ayant petit à petit de compte à rendre à personne !

Cela semble bien mystérieux au profane…

Tout comme semblera pour le moins étonnant, entre autre…l’étoile qu’ils appelaient La’Mérica… l’implantation géographique des cathédrales gothiques, ou leur vénération de la Vierge Marie, mais là, nous entrons dans l’ésotérisme du Temple…

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25 juillet 2007

Bernard de Clairvaux

Les Fondateurs :

Si 9 chevaliers se présentèrent bien devant le roi de Jérusalem en 1119, l’Ordre des Templiers puise son origine bien avant cette rencontre en Terre Sainte…

Il doit sa création à trois personnalités hors du commun :

- Bernard de Clairvaux (futur Saint Bernard)

- Hugues de Payns

- Le Comte de Champagne

I.  Bernard de Clairvaux :

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Voilà sans doute un des hommes les plus extraordinaire de cette époque, et peut-être même Le véritable créateur de l’Ordre des Templiers…

Né en 1090 dans une grande famille noble de Bourgogne, Bernard est le troisième des sept enfants de Tescelin de Fontaine (dit le Roux) et d’Aleth de Montbard.

À l’âge de neuf ans, on l’envoie à l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine* 1, où il montre un goût particulier pour la littérature. En 1112, il entre à l’Abbaye de Cîteaux, fondée en 1098 par Robert de Molesme, et dont Étienne Harding vient juste d’être élu abbé.

En 1115, Étienne Harding envoie le jeune homme à la tête d’un groupe de 12 moines pour fonder (sur un territoire offert par le Comte de Champagne au retour de Terre Sainte de son vassal Hugues de Payns …) une nouvelle maison cistercienne dans la vallée de Langres. La fondation est appelée « claire vallée », qui devient ensuite « Clairvaux ».

Bernard est élu abbé de cette nouvelle abbaye, et confirmé par Guillaume de Champeaux, évêque de Chalons et célèbre théologien.

Les débuts de Clairvaux sont difficiles : la discipline imposée par Bernard est très sévère. Bernard poursuit ses études sur l’Écriture Sainte et sur les Pères de l’Église.

Il a une prédilection presque exclusive pour Saint Augustin et pour le Cantique des Cantiques : En effet il prononcera pas moins de 86 sermons sur ce Cantique, considéré comme l’œuvre maîtresse attribuée - selon la Bible - à Salomon* 2

Dès sa prise de fonction le jeune Bernard (il n’a alors que 25 ans) va prendre en main toute la politique de l’Occident. Et avec quelle autorité !

Celui que l’on surnommera plus tard l’âme des croisades, tancera en effet vertement rois, papes, évêques et grands vassaux, grands abbés, de Cluny à Saint-Denis et tous plieront, bon gré mal gré, devant ce petit moine au poil roux, dévoré de divine ardeur et de phtisie, qui dominera de son haut esprit la chrétienté toute entière. 

Pour le moment, les gens finissent par affluer dans la nouvelle abbaye, et Bernard convertit même toute sa famille : son père, Tescelin, et ses cinq frères entrent à Clairvaux en tant que moines. Sa sœur, Ombeline, prend également l’habit au prieuré de Jully – les - Nonnains. Dès 1118, de nouvelles maisons doivent être fondées pour éviter l’engorgement de Clairvaux (ex: Abbaye Notre-Dame de Fontenay). En 1119, Bernard fait partie du chapitre général des cisterciens convoqué par Étienne Harding, qui donne sa forme définitive à l’ordre. La « Charte de Charité » qui y est rédigée est confirmée peu après par Calixte II.

C’est à cette époque que Bernard rédige ses premières œuvres, des traités et homélies, et surtout une Apologie, (Ecrite sur la demande de Guillaume de Saint - Thierry), qui défend les bénédictins blancs (cisterciens) contre les bénédictins noirs (clunisiens). Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, lui répond amicalement, et malgré leurs différends idéologiques, les deux hommes se lient d'amitié. Il envoie également de nombreuses lettres pour inciter à la réforme le reste du clergé, en particulier les évêques. Sa lettre à l’archevêque de Sens, Henri de Boisrogues, surnommée par la suite De Officiis Episcoporum (Sur la conduite des évêques) est révélatrice du rôle important joué par les moines au XIIe siècle, et des tensions entre clergé régulier et séculier.

En 1128, Bernard participe au concile de Troyes, convoqué par Honorius II et présidé par Matthieu d’Albano, légat du Pape. Bernard est nommé secrétaire du concile, mais en même temps il est contesté par une partie du clergé, qui pense que Bernard, simple moine, se mêle de choses qui ne le regardent pas.

«  Les affaires de Dieu sont les miennes, dit-il et rien de ce qui le regarde ne m’est étranger ! »

C’est lors de ce concile que Bernard fait reconnaître la milice du Temple dont il rédige lui-même les statuts et leur donne la règle et le costume. En 1610, on a retrouvé 1'acte aux archives de la bibliothèque de Paris, ainsi qu’à Rome et à Dijon. Leur charte définitive leur sera donnée en date de 1163 ainsi que la constitution de 1'ordre.

Devenu une personnalité importante et écoutée dans la chrétienté, il intervient dans les affaires publiques, il défend les droits de l’Église contre les princes temporels, et conseille les papes. En 1130, après la mort d'Honorius II, lors du schisme d’Anaclet II, c’est sa voix qui fait accepter Innocent II.

En 1132, il fait accepter par le pape l’indépendance de Clairvaux vis-à-vis de Cluny.

Dans cette période de développement des écoles urbaines, où les nouveaux problèmes théologiques sont discutés sous forme de questions (quaestio) et d’argumentations et de recherche de conclusion (disputatio), Saint Bernard est partisan d’une ligne traditionaliste. Il combat les positions d’Abélard, approximatives d'un point de vue théologique, et le fera même condamner au concile de Sens en 1140.

En 1145, Clairvaux donne un pape à l’Eglise, Eugène III. Lorsque le royaume de Jérusalem est menacé, Eugène III, lui-même cistercien, demande à Bernard de prêcher la deuxième croisade à Vézelay le 31 mars 1146 puis à Spire.

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Saint Bernard prêchant la deuxième croisade à Vézelay

Il le fera avec un tel succès que le roi Louis VII le Jeune et l’Empereur Conrad III prennent eux-mêmes la croix !

Plein de zèle pour l’orthodoxie, il combattit aussi les thèses de Pierre de Bruys, d’Arnaud de Brescia, et condamna les excès de Raoul, un ancien moine de Clairvaux, qui demandait le massacre des Juifs. En cette même année 1148 il prêche la croisade en Hainaut et séjourne à Mons, la capitale des comtes de Hainaut.

Saint-Bernard fondera jusqu’à 72 monastères, répandus dans toutes les parties de l’Europe : 35 en France, 14 en Espagne, 10 en Angleterre et en Irlande, 6 en Flandre, 4 en Italie, 4 au Danemark, 2 en Suède, 1 en Hongrie.

En 1151, deux ans avant sa mort, il y a 500 abbayes cisterciennes. Clairvaux compte 700 moines.

Bernard meurt en 1153, à 63 ans.

Canonisé le 18 juin 1174 par Alexandre III, Bernard de Clairvaux a été déclaré docteur de l’Eglise par Pie VIII en 1830. On le fête le 20 août.

* 1 Nous y reviendrons plus tard pour expliquer l’importance de Notre Dame dans l’Ordre du Temple… non sans évoquer au passage la tradition celtique et les…Druides.

* 2 Dans sa 17ème épître à Bernard de Clairvaux, Pierre le Vénérable (abbé de Cluny) écrit qu’il lui a fait l’envoi d’une nouvelle traduction du Coran, de l’arabe en latin, exécutée par Pierre de Tolède.

L’appellation, « Les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » est d’une rare précision et ses termes furent donc choisis avec un soin méticuleux…

Car Salomon est pour les trois religions monothéistes un grand et illustre personnage, roi - prophète et mage, alliant ainsi le temporel au spirituel.

Or c’était le destin même de Bernard de Clairvaux que d’associer l’épée temporelle et l’épée spirituelle !

N’écrivait-il pas au pape Eugène (lettre56) : « Il faut sortir les deux glaives… ! »

Du reste, pourquoi les autres Ordres - antérieurs ou postérieurs – se sont-ils appelés : Ordre de Saint - Jean de Jérusalem, du Saint - Sépulcre, de Saint - Lazare, de Sainte - Marie des Teutons…et pourquoi seul celui des Templiers s’est-il appelé : « et du Temple de Salomon » ? Simplement parce qu’ils y furent logés nous disent les historiens… !

à suivre...

crucita

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31 juillet 2007

Hugues de Payns

Pour mener son extraordinaire projet à bien, Bernard de Clairvaux avait besoin d’hommes exceptionnels, s’il fut le concepteur divinement inspiré, Hugues de Payns fut son admirable chef de mission et sa cheville ouvrière.

II. Hugues de Payns

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Il n’existe pas de représentation d’époque d’Hugues de Payns, celle-ci date de 1841

Hugues de Payns est né en Champagne vers 1070 sur la terre de Payens, à environ 10 km de Troyes.

On peut penser qu’à l’image des autres jeunes nobles de son temps, il devint majeur vers l’âge de quatorze ans, puis écuyer d’un chevalier de son entourage, (peut être même du comte de Champagne), et enfin chevalier lui-même vers 1085. (Car on le retrouve mentionné dans une chartre de cette époque comme Seigneur de Montigny).

Il reçut son fief de Payns, soit en héritage de son père, selon l’usage qui commençait à se répandre en ce Xe siècle, soit directement du comte de Champagne.

Il est de fait extrêmement lié à la maison des comtes de Champagne, vassal de ce dernier, il est de plus un seigneur important de sa cour car il appose sa signature en tant que témoin sur des chartes de donations effectuées par Hugues de Troyes, comte de Champagne.

Sur un des actes daté du 21 octobre 1100 il signe Hugo de Paenz, sur l’autre Hugo de Paenciis.

Il est aussi extrêmement lié à Bernard de Clairvaux qui l’appelait : « mon bien-aimé Hugo ».

Il n’est pas certain qu’il ait participé à la première croisade, déclenchée en 1095 par le pape Urbain II et qui s’achèvera par la prise de Jérusalem par les croisés en 1099.

En revanche, en 1104, il accompagne son suzerain Hugues de Champagne lors de son pèlerinage à Jérusalem en Terre Sainte. Il rentre en France l’année suivante, non sans avoir auparavant rencontré en compagnie d’Etienne Harding (l’abbé de l’abbaye de Cîteaux…), le rabbin et kabbaliste Salomon Rachi…!

De retour chez lui, Hugues de Payns épouse une jeune fille noble du sud de la Champagne, Elisabeth de Chappes. Ils auront trois enfants nés entre 1108 et 1114, prénommés Gibin, Isabelle et Thibaud (qui deviendra abbé de l’abbaye cistercienne de Sainte Colombe de Sens…).

En 1113, Hugues de Payns signe une charte de donation du comte de Champagne. Le document porte l’inscription suivante : « Hugo, dominus (seigneur) de Peanz ».

En 1114, il repart en Terre Sainte avec 8 autres compagnons et surtout avec l’appui du Comte de Champagne, mais cette fois-ci s’y installe définitivement. Il doit alors se séparer de sa femme qui entre au couvent et y restera jusqu’à la mort de son mari. Le groupe rejoint les chevaliers qui oeuvraient à la protection du tombeau du Christ, haut lieu de pèlerinage, à Jérusalem. Ce groupe vivait alors sous la protection et l’autorité des chanoines du Saint-Sépulcre.

C’est en 1119, après avoir prononcé leurs vœux monastiques devant le Patriarche de Jérusalem qu’ils prendront le nom de Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon.

Hugues de Payns est un homme qui inspire le respect, très proche et très lié à Bernard de Clairvaux, et au comte de Champagne, il dut être un fin négociateur et un excellent diplomate.

C’est lui que Baudoin II, roi de Jérusalem, charge d’une ambassade auprès du pape Honorius II.

C’est lui qui est chargé de négocier le mariage de Mélisende, fille de Baudoin II avec Foulques d’Anjou. (Lequel succédera à son beau-père en tant que roi de Jérusalem en 1131… )

C’est lui encore qui incite Baudoin à s’entendre avec l’Ismaélien Aboull-Fewa, les deux suzerains échangeant Tyr contre Damas. De ces négociations discrètes naîtront des relations qui dureront 80 ans entre les Templiers et les chefs de la sectes des Ismaéliens (à laquelle appartient le « vieux de la montagne » et ses célèbres haschischins)

C’est lui encore qu’Honorius II envoie au concile de Troyes, en 1128.

Hugues de Payns dirigea l’ordre du Temple pendant plus de vingt ans, jusqu’à sa mort en  Palestine le 24 Mai 1136. Il était alors âgé de 66 ans.

Ses funérailles sont l’occasion d’une grande parade templière à Jérusalem.

Sa mystérieuse mission était accomplie…!

A suivre...

crucita

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03 août 2007

Hugues de Troyes, comte de Champagne

III. Hugues de Champagne

Le troisième homme, celui sans qui rien n'eut été possible...

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Don de la Claire vallée par le comte de Champagne

Il est le troisième fils du comte Thibaud 1er de Troyes et de Adelaïde de Valois. En Janvier 1093, il devient Comte de Troyes, de Vitry et de Bar-sur-Aube. En 1102, il devient le premier comte de Champagne. Il eut pour épouse :
1094 : Constance de France, fille du Roi de France Philippe 1er. Mariage annulé en 1105 faute d'enfants.
1110 : Isabelle de Bourgogne, fille du comte Etienne 1er de Bourgogne dit "Tête Hardie". En 1123, Isabelle lui donne tardivement un fils prénommé Eudes de Champlitte qu'il refuse de reconnaître.

N'ayant pas participé à la 1ère croisade, le comte effectue en 1104 un pélerinage en Terre Sainte avec son fidèle vassal Hugues de Payns et vraisemblablement Etienne Harding abbé de Citeaux comme le montre certains historiens, et rentre en 1107.

A son retour, il entretient avec Etienne Harding des rapports privilégiés... Et il apparaît qu'à ce moment, et bien que son Ordre fut plutôt contemplatif que savant, Etienne mit tout son monastère à l'étude minutieuse des textes sacrés hébraïques (ce dont s'étonne fort l'abbé Vacandard dans son livre sur Saint Bernard). Il se fait même aider par les savants rabbins de Haute Bourgogne...!

En août 1114, il repart en Terre Sainte pour un court séjour, accompagné de Hugues de Payns. Revenu en 1116, il reprend contact avec Etienne Harding pour offrir à l'Ordre de Citeaux, dans la forêt de Bar sur Aube, un territoire connu sous le nom de vallée de l'absinthe, avec pour mission d'y fonder une abbaye...
Pour diriger cette fondation, Etienne Harding désigna un jeune abbé,
Bernard de Fontaine, qui accompagné de 12 moines soigneusement choisis (l'un d'eux avait même été mandé par la Chaise Dieu, bien qu'il ne fut pas cistercien...) créa, au lieu dit, l'abbaye de Clairvaux !
Le comte va dès lors favoriser autant que faire se peut, l'expansion de l'abbaye de Clairvaux fondée en grande partie grâce à ses fonds.

Et Dieu sait, s'ils sont importants ses fonds !
Hugues de Champagne est en effet un Grand de France, sa fortune est généralement estimée 4 à 5 fois supérieure à celle du Roi, il est de plus à la tête d'une des provinces les plus importante de France :
Le comté de Champagne, fief parmi les plus puissants du royaume de France, fut en effet au coeur des principaux échanges politiques, économiques, religieux et culturels des XIIe et XIIIe siècles. En cela, l'histoire de la Champagne se confond souvent avec celle de l'Occident et de l'Orient.
Voie privilégiée de circulation, carrefour entre les pays de la Méditerranée et ceux de la Mer du Nord, la Champagne accueille toute l'année à Troyes, Provins, Lagny et Bar sur Aube le plus grand marché commercial et financier de l'Occident médiéval.

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Armoiries des comtes de Champagne XIIe siècle

En 1125, Hugues de Champagne va faire quelque chose d'extraordinaire pour l'époque :
Il abandonne tout ! Absolument tout, et ce, pour se mettre au service de son propre vassal ! (ce qui est sans doute unique dans les annales du Moyen - Âge)
En effet, après avoir abdiqué, renié femme et enfant, transmit son héritage à son neveu Thibaud IV de Blois, il rejoint l'Ordre du Temple en Terre Sainte pour devenir à son tour un Templier...

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06 août 2007

La Règle de l'Ordre du Temple

La Règle de l'Ordre du Temple

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I. Considérations Générales

La règle de l'ordre du Temple s'inspire de la règle de saint Benoît en empruntant quelques éléments à la règle de saint Augustin. Elle est toutefois adaptée au genre de vie active que menaient les frères templiers qui étaient des militaires. Par ailleurs, la règle et les statuts étaient adaptés à la bipolarité de l'ordre de même que certains articles concernaient aussi bien la vie en Occident que la vie en Orient.
Datée de 1128, la règle primitive (ou latine car écrite en latin) est annexée au procès-verbal du concile de Troyes. Elle est introduite par un prologue constitué de 24 articles. Elle comprend un total de 72 articles et 4 commandements.
Vers 1138, sous la maîtrise du deuxième maître de l'ordre du Temple, Robert de Craon (1136-1149), la règle primitive est traduite en français. A cette occasion, certains articles sont supprimés, d'autres modifiés, et le plan général est remanié de façon à regrouper les articles portant sur le même sujet. Ainsi, tous les articles concernant la réception dans l'ordre sont rassemblés au début du manuscrit. La période de noviciat d'un an devient une mise à l'épreuve et l'interdiction de côtoyer les excommuniés dans la règle latine est assouplie grâce à un subtil changement de sens au moment de la traduction. Ceci permettait un plus large recrutement, y compris parmi les chevaliers pécheurs (mais repentants). Dans ce cas, les excommuniés devaient être absous par l'évêque concerné… De plus, la règle française indique pour la première fois que l'ordre dispose de ses propres prêtres qui sont placés sous l'autorité du maître et par conséquent du pape (et non de l'évêque du lieu, ce qui ne manquera pas de provoquer des conflits). La Règle française s'ouvre sur un discours emphatique qui s'adresse directement aux frères : " Vous, qui renoncez à vos propres volontés pour être les serviteurs du souverain roi, par les chevaux et par les armes, pour le salut de vos âmes, (...)"

Les retraits
Les retraits ou retrais sont des articles statutaires qui ont été ajoutés à la version française de la règle. Ils sont écrits en français. Ils apportent un éclaircissement sur :
- la hiérarchie de l'ordre (articles 77 à 197)
- l'organisation conventuelle de l'ordre (articles 279 à 415)
- la justice au sein de l'ordre : les pénalités (articles 224 à 278)
- les pénitences (articles 416 à 543),
- les détails et exemples de pénalités (articles 544 à 656)

Deux rituels :
- le mode d'élection du maître de l'ordre (articles 198 à 222)
- les étapes de la réception dans l'ordre (articles 657 à 686)
Selon les historiens, il faut compter quatre à cinq rédactions différentes des retraits datés d'avant 1187 pour la hiérarchie et entre 1200 et 1257 pour la justice. Aussi, il est probable qu'ils aient été rédigés à l'époque du maître Bertrand de Blanquefort.

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07 août 2007

La Règle primitive

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Règle primitive

Prologue

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1. Nous parlons tout d'abord à tous ceux qui méprisent secrètement leur propre volonté et qui désirent servir avec courage la chevalerie du souverain roi et à ceux qui veulent accomplir et qui accomplissent, avec assiduité, la très noble vertu d'obéissance. Nous vous avertissons, vous, qui avez mené jusqu'ici la chevalerie séculière, en laquelle Jésus-Christ ne fut pas mis en témoignage, mais que vous avez embrassée par faveur humaine, que vous serez parmi ceux que Dieu a élus de la masse de perdition et qu'il a choisis, par son agréable pitié, pour défendre la Sainte Eglise afin que vous vous hâtiez de vous ajouter à eux perpétuellement.

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2. Avant toute chose, que ceux qui sont chevaliers du Christ choisissent une sainte conversion dans leur profession, à laquelle il convient d'ajouter une grande diligence et une persévérance ferme, digne, saine et spirituelle, car il est reconnu que si elle est gardée avec pureté et durée, ils peuvent mériter d'avoir une place parmi les martyrs qui donnèrent leur âme pour Jésus-Christ. Dans cette religion, l'ordre de la chevalerie refleurit et ressuscite. Cet ordre méprisait naguère l'amour de la justice, ce qui cependant appartenait à son action, et ne faisait pas ce qui lui incombait, qui est de défendre les pauvres, les veuves, les orphelins et les églises. Au contraire, il s'efforçait de harceler, de dépouiller et de tuer. Le seigneur Dieu nous adoptera, ainsi que notre sauveur Jésus-Christ qui a envoyé ses amis dans les marches de France et de Bourgogne depuis la Sainte cité de Jérusalem qui ne cessent d'offrir leurs âmes à Dieu pour notre salut et pour que se répande la vraie Foi, ce qui est un plaisant sacrifice.

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3. C'est ainsi qu'en toute joie et toute fraternité, nous nous assemblâmes à Troyes, grâce aux prières de Maître Hugues de Payns par qui ladite chevalerie commençât, avec la grâce du Saint Esprit, pour la fête de Monseigneur Saint Hilaire, en l'an l'incarnation de Jésus-Christ mil cent vingt-huit, la neuvième année depuis le commencement de ladite chevalerie. Ensemble, nous entendîmes, de la bouche même de frère Hugues de Payns, comment fut établi cet ordre de chevalerie et, selon notre jugement, nous louâmes ce qui nous sembla profitable ; tout ce qui nous sembla superflu, nous le supprimâmes.

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4. Et tout ce qui, dans cette réunion, ne put être dit ou raconté, ou oublié, nous le laissâmes, avec sagesse, à la discrétion de notre honorable père, sire Honorius et du noble patriarche de Jerusalem, Etienne de la Ferté qui connaissait le mieux les besoins de la terre d'Orient et des pauvres chevaliers du Christ. Tout cela, ensemble, nous l'avons approuvé. Maintenant, et parce qu'un grand nombre de pères s'assemblèrent dans ce concile et approuvèrent ce que nous avons dit, nous ne devons pas passer sous silence les véritables sentences qu'ils dirent et jugèrent.

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5. Donc, moi, Jean Michel, par la grâce de Dieu, je méritai d'être l'humble écrivain de la présente règle, comme me le demanda le concile et le vénérable père Bernard, abbé de Clairvaux, qu'on avait chargé de ce divin travail.

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Les noms des pères qui étaient au Concile

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6. Premièrement, c'était Matthieu, évêque d'Albano, par la grâce de Dieu légat de la Sainte Eglise de Rome ; Renaud, archevêque de Reims ; Henri, archevêque de Sens ainsi que leurs suffrageants ; Josselin, évêque de Soissons ; l'évêque de Paris ; l'évêque de Troyes ; l'évêque d'Orléans ; l'évêque d'Auxerre ; l'évêque de Meaux ; l'évêque de Châlons ; l'évêque de Laon ; l'évêque de Beauvais ; l'abbé de Vézelay qui fut, par la suite, élu archevêque de Lyon et légat de l'Eglise de Rome ; l'abbé de Cîteaux ; l'abbé de Pontigny ; l'abbé de Trois-Fontaine ; l'abbé de Saint-Denis de Reims ; l'abbé de Saint-Etienne de Dijon ; l'abbé de Molesmes et Bernard, abbé de Clairvaux, déjà nommé, etc . Ils louèrent tous cette sentence avec franchise. Il y avait aussi maître Aubri de Reims, maître Fouchier et plusieurs autres, ce qui serait long à raconter. Il y en avait d'autres, pas plus lettrés, pour lesquels nous pouvons dire que la chose la plus profitable que nous puissions garantir est qu'ils aiment la vérité : c'est à savoir le comte Thibaud, le comte de Nevers et André Baudement. En leur qualité, ils étaient au concile et, avec un souci particulier, ils examinèrent ce qui leur semblait bien et délaissèrent ce qui leur semblait sans raison.

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7. Il y avait aussi frère Hugues de Payens, maître de la chevalerie, qui avait amené avec lui quelques frères : frère Rotland, frère Godefroy, frère Geoffroy Bissot, Frère Payen de Montdidier, frère Archambaud de Saint-Amand. Maître Hugues, avec ses disciples, fit savoir aux pères, après s'en être souvenu, comment prit naissance l'observance d'après ce qui est dit : Ego principium qui est loquor vobis ; c'est-à-dire : "Depuis le commencement je suis la parole".

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8. Il plut au concile que les avis qui furent donnés et examinés avec diligence, suivant l'étude de la Sainte Ecriture, fussent mis par écrit afin qu'on ne les oublie pas, cela avec la prévoyance de monseigneur Honorius, pape de la Sainte Eglise de Rome, du patriarche de Jérusalem et du consentement de l'assemblée et par l'approbation des pauvres chevaliers du Christ du Temple qui se trouve à Jérusalem.

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La règle de la pauvre chevalerie du Temple

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De la manière d'entendre l'office divin

9. Vous, qui renoncez à vos propres volontés pour être les serviteurs du souverain roi, par les chevaux et par les armes, pour le salut de vos âmes et cela à jamais, vous devez toujours, avec un pur désir, entendre les matines et l'office divin en entier, selon les observances canoniales et les us des maîtres réguliers de la Sainte Cité de Jérusalem. Pour cela, vénérables frères, Dieu est avec vous, car vous avez promis de mépriser le monde perpétuellement pour l'amour de Dieu et aussi les tourments de votre corps : repus de la chair divine, pleins de commandements de notre Seigneur, nous vous disons qu'après l'office divin, personne ne doit craindre d'aller à la bataille. Soyez prêts à vaincre pour la divine couronne.

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10. Mais si, pour les besoins de la maison et pour ceux de la chrétienté d'Orient, chose qui adviendra souvent, un frère est envoyé hors de la maison et qu'il ne puisse entendre le service de Dieu, il doit dire pour matines treize patenôtres ; pour chacune des heures, sept, et pour les vêpres, neuf. Mais nous préférons qu'ils disent l'office ensemble. Pour ceux à qui il est commandé d'aller pour ces besoins et qui ne pourront entendre les heures établies pour le service de Dieu, il est précisé qu'ils n'en sont pas dispensés pour autant et qu'ils doivent rendre la dette à Dieu.

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Des frères morts

11. Lorsqu'un frère passe de vie à trépas, chose que personne ne peut éviter, nous demandons de chanter la messe pour le repos de son âme et l'office doit être fait par les prêtres qui servent le souverain prêtre, car c'est à vous qu'il appartient d'exercer la charité. Là ou se trouve le corps, tous les frères qui sont présents doivent dire cent patenôtres durant les sept jours qui suivent. Et tous les frères qui sont du commandement de cette maison doivent dire les cent patenôtres, comme il est dit ci-dessus, pour implorer la pitié de Dieu. Nous prions aussi et commandons par notre autorité pastorale, qu'un pauvre soit nourri de viande et de vin jusqu'au quarantième jour en souvenir du frère mort, comme s'il était encore vivant. Toutes les autres offrandes, lesquelles sont faites sans discrétion pour la mort d'un frère, en la solennité de Pâques et aux autres fêtes, et que les pauvres chevaliers du Temple ont coutume de faire de leur propre volonté, nous les défendons expressément.

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12. Mais, de jour comme de nuit, avec le grand courage qui est donné par la profession, que chacun puisse se comparer avec le plus sage des prophètes qui dit : Calicem salutaris accipiam, c'est-à-dire : "Je prendrai le calice du salut" ; qui est encore : "Je vengerai la mort de Jésus-Christ par ma mort". Car ainsi que Jésus-Christ sacrifia son corps pour mon salut, je suis prêt de la même manière à mettre mon âme au service de mes frères. Cela est une offrande convenable ; là est le véritable sacrifice bien plaisant à Dieu.

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Des frères qui sont debout au moutier

13. Il nous a été dit, et nous l'avons entendu par de véritables garanties, que sans aucune mesure et sans tempérance, vous entendiez debout l'office divin. Cette manière, nous ne la commandons pas mais nous la délouons. Mais nous commandons, tant aux forts qu'aux faibles, afin d'éloigner le scandale, de chanter assis le psaume qui se nomme Venite, avec tout l'invitatoire et l'hymne. Que les frères disent leurs oraisons en silence, simplement, sans crier ; celui qui parle haut détourne les autres frères de leurs prières.

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14. A la fin des psaumes, quand on chante le Gloria Patri en l'honneur de la Sainte-Trinité, levez-vous et courbez-vous ; les faibles et les malades inclineront seulement la tête. Nous commandons de faire toujours de cette manière et lorsque l'évangile se lira et que le Te Deum laudanus se chantera, et jusqu'à ce que les laudes commencent et que les matines soient terminées, les frères resteront debout. De la même manière, nous commandons d'être debout aux matines et à toutes les heures de Notre-Dame.

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Comment ils doivent manger

15. Au palais, qui serait mieux de nommer réfectoire, les frères doivent manger ensemble. Mais contre l'exemple d'autres gens qui n'en ont pas coutume, il convient que vous n'ayez aucune rancune, chose qui est nécessaire pour vous tous et en privé, cela en toute humilité et révérence, car l'apôtre dit : Manduca panem tuum cum silentio, c'est à dire, "Mange ton pain en silence". Et le psalmiste ajoute : Posui ori meo custodiam, c'est à dire : "Je mets une garde à ma bouche", ce qui veut dire : "Je pense ne pas faillir avec ma langue", ce qui veut dire encore : "Je garde ma bouche afin de ne pas mal parler".

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De la lecture

16. En tout temps, pour le dîner et le souper du couvent, qu'il soit lu la sainte leçon, si cela peut-être. Si nous aimons Dieu et toutes ses saintes paroles et ses saints commandements, nous devons la désirer et l'écouter attentivement. Le lecteur qui lit la leçon vous enseigne à garder le silence dès qu'il commence à lire.

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De la viande

17. Trois fois par semaine, il suffit que vous mangiez de la viande. Il en est de même à la fête de la Nativité de Notre Seigneur, à la fête de la Toussaint, aux fêtes de Notre-Dame ou à celles des douze apôtres. Car si vous avez coutume de manger de la viande, vous aurez une mauvaise corruption de votre corps. Mais s'il advient que le mardi soit un jour de jeûne, jour pendant lequel on ne doit pas manger de viande, il en sera donné le lendemain. Le dimanche, il sera donné deux plats de viande à tous les frères du Temple, aux chapelains et aux clercs, cela en l'honneur de la Sainte Résurrection de Jésus-Christ. Les autres habitants de la maison, à savoir les écuyers et les sergents, se contenteront d'un plat, et que, pour cela, ils rendent grâce à Dieu.

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Des écuelles et des verres

18. En ce qui concerne la disposition des écuelles, que les frères mangent deux à deux afin que l'un se pourvoie de l'autre, qu'ils apprécient la vie dans l'abstinence et dans le fait de manger en commun. Il nous semble juste chose que chacun des frères ait une mesure égale de ration de vin dans son verre

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Des mets les jours de semaine

19. Les autres jours de la semaine : c'est à savoir : le lundi, le mercredi et même le samedi, les frères auront deux plats ou trois, de légumes ou de soupe et nous entendons que ce soit suffisant et nous commandons que cela soit tenu, cela pour que si un frère ne mange d'un plat, il mange de l'autre.

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Des mets du vendredi

20. Le vendredi, qu'il soit donné à toute la congrégation de la viande de carême, en révérence de la passion de Jésus-Christ. Nous demandons de jeûner de la fête de la Toussaint jusqu'à Pâques, sauf lorsque ce sera la fête de Noël, la fête de Notre-Dame ou la fête d'un des douze apôtres. Mais les frères faibles et malades ne sont pas tenus au jeûne. De Pâques à la Toussaint, ils peuvent manger deux fois par jour, à moins qu'il n'y ait un jeûne général.

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Des grâces à rendre

21. En tout temps, après le dîner et après le souper, tous les frères doivent rendre grâces à Dieu. Si l'église est proche du palais où ils mangent, et si elle n'est pas proche, qu'ils rendent grâces à notre Seigneur Jésus-Christ, avec humilité, car il est le souverain procureur. Les restes du pain brisé seront donnés aux pauvres et le pain entier sera gardé. Maintenant, comme le don aux pauvres est semblable au règne du ciel et pour que la foi chrétienne vous reconnaisse comme ceux qui ne doutent pas de cela, il conviendra que le dixième du pain soit donné à l'aumônier pour les pauvres.

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De la collation

22. Lorsque le jour s'en va et que la nuit approche, lorsque la cloche sonne ou que l'appel de la communauté est fait, ou selon l'usage de la contrée, que tous aillent aux complies. Nous demandons premièrement de prendre une collation générale, mais elle sera mise à l'arbitrage du maître. Quand un frère voudra de l'eau et quand il demandera, par miséricorde, du vin trempé, qu'il lui en soit donné raisonnablement. On doit en prendre avec mesure car, dit Salomon : Quia vinum facit apostatare sapientes, c'est à dire :"Le vin corrompt les sages".

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Tenir silence

23. Quand les frères sortent des complies, aucune permission ne doit être donnée pour parler publiquement, à moins d'une grande nécessité. Mais que chacun s'en aille sagement et en paix dans son lit. S'il a besoin de parler à son écuyer, qu'il lui dise ce qu'il a à lui dire bellement et en paix. Mais si, par aventure, le jour n'a pas suffit à accomplir le travail et qu'il ait besoin de parler pendant les complies, pour une grande nécessité ou pour les besoins de la chevalerie ou pour l'état de la maison, nous entendons que le maître ou une partie des frères anciens qui ont à gouverner la maison après le maître, puissent parler convenablement, et nous demandons que ce soit fait de cette manière.

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24. Car il est écrit : In multiloquio non effugies peccatum, c'est à dire que trop parler incite au péché. Et en autre lieu : Mors et vita in manibus lingue, ce qui veut dire :" La mort et la vie sont au pouvoir de la langue". A celui qui parle, nous défendons, en toute manière, les paroles oiseuses et les vilains éclats de rire. Et si aucune chose n'est à dire de ce qui est dit ci-dessus, lorsque vous viendrez dans votre lit, nous vous commandons de dire l'oraison patenôtre avec humilité et dévotion.

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Des frères souffrants

25. Les frères qui sont fatigués, pour avoir veillé au plus grand bien de la maison, peuvent être dispensés es matines, après avoir demandé l'assentiment et la permission du maître ou de ceux qui sont chargés de cet office. Ils doivent, cependant, dire pour les matines treize patenôtres, comme il est établi ci dessus, afin que la parole s'accorde avec le coeur, ainsi que le dit David : Psallite sapienter, c'est à dire :"Chantez avec sagesse". Et, comme le dit ailleurs le même David :In conspectu angelorum psallam tibi, c'est à dire :"Je chanterai pour toi devant les anges". Que cette chose soit faite suivant l'arbitrage du maître et de ceux qui sont nommés à cet office.

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De la vie en commun

26. On lit dans la Sainte Ecriture :Dividetur singulis prout cuique opus erat, c'est à dire :"Qu'à chacun soit donné suivant ses besoins". Pour cela, nous demandons qu'aucune personne ne soit choisie entre vous, mais que chacun soit prévoyant des malades, et que celui qui est mal à l'aise rende grâces à Dieu et ne se tourmente pas, mais s'humilie pour s'affermir et ne s'agenouille pas par pénitence. De cette manière, tous les membres seront en paix. Et nous défendons que quiconque fasse abstinence sans mesure ; mais qu'il vive fermement de la vie commune.

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Des robes des frères

27. Nous demandons que toutes les robes des frères soient teintes d'une même couleur, à savoir blanche, noire ou de bure, et nous octroyons le manteau blanc à tous les frères chevaliers, en hiver comme en été. A nul autre, qui n'est pas chevalier du Christ, il n'est permis de porter le blanc manteau. Et que ceux qui ont abandonné la vie ténébreuse du monde, à l'exemple de ces robes blanches, puissent se reconnaître comme réconciliés avec le Créateur : ce qui signifie que la blancheur sanctionne la chasteté. La chasteté est la sûreté du courage et la santé du corps, car si un frère ne promet pas la chasteté, il ne peut venir au repos éternel, ni voir Dieu, comme le dit l'apôtre : Pacem sectamini cum omnibus et castimoniam sine qua nemo Deum videbit, ce qui veut dire :"Recherchez la paix avec tous, gardez la chasteté sans laquelle personne ne peut voir Dieu".

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28. Par le commun conseil de tout le chapitre, nous contredisons et ordonnons que soit reconnu comme un vice familier celui qui, sans discrétion, serait dans la maison de Dieu et des chevaliers du Temple. Que les écuyers et les sergents n'aient pas de robe blanche, car ce serait grand dommage pour la maison. Il advint, dans les parties d'outre-mont, que de faux frères, mariés ou autres, surgirent en disant qu'ils étaient frères du Temple alors qu'ils étaient du siècle. Ils nous procurent honte et dommage, ainsi qu'à l'ordre de la chevalerie. Que, pour cela, les écuyers ne s'enorgueillissent pas car, à cause de cette chose, ils firent naître plusieurs scandales. Donc, qu'il leur soit donné des robes noires, qu'ils mettent, si l'on ne peut trouver d'autre toile, que l'on trouvera dans la province, des toiles qui seront données ou encore qui sera le plus vil, à savoir la bure.

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29. Mais ces robes doivent être sans superflu et sans orgueil. Et si nous avons décidé qu'aucun frère n'ait de fourrure, ni de pelisse à sa robe, ni autre chose qui appartienne à l'usage du corps, ni même une couverture, nous autorisons celle d'agneau ou de mouton. De toute manière, nous ordonnons à tous que chacun ne puisse se vêtir ou se dévêtir, se chausser ou se déchausser, comme un bon lui semble. Et le drapier, ou celui qui tient sa place, se doit de pourvoir et de penser à avoir le don de Dieu en toute chose, comme il est dit : que les yeux des envieux et des mauvais ne puisse noter quelque chose sur les robes qui sont données ; quelles ne soient ni trop longues, ni trop courtes, mais qu'elles soient à la mesure de ceux qui doivent en user. Le drapier, ou celui qui tient sa place, doit les répartir suivant les besoins de chacun.

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30. Et si un frère, par un mouvement d'orgueil ou par présomption de courage, veut avoir, comme une chose qui lui est due, la plus belle ou la meilleure robe, qu'il lui soit donné la plus vile. Ceux qui reçoivent des robes neuves doivent rendre les vieilles pour les donner aux écuyers et aux sergents, mais le plus souvent aux pauvres, selon ce qui semblera meilleur à celui qui tient cet office.

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Des draps de lit

31. Nous demandons que chacun ait des robes et le nécessaire pour le lit, suivant la prévoyance du maître. Nous entendons que cela suffise à chacun, après le sac, le coussin et la couverture. A celui à qui il en faudra en plus, nous autorisons une carpite et, en tout temps, il pourra user d'une couverture de linge, c'est-à-dire en peluche de fil. Et, en tout temps, les frères seront vêtus de chemises et de braies, de chausses et de ceintures ; dans le lieu où ils dormiront, qu'il y ait une lumière jusqu'au matin. Le drapier doit donner aux frères des habits bien taillés afin qu'ils puissent avoir bon aspect devant et derrière. De cette manière, nous ordonnons fermement qu'ils aient la barbe et la moustache sans qu'aucune superfluité de vice ne puisse être notée en leur tenue.

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Des becs et des lacets de souliers

32. Nous défendons les becs et les lacets de souliers et nous défendons que quelqu'un en ait. Et, à tous ceux qui servent la maison à temps, nous ne l'octroyons pas non plus et nous contredisons de toute façon qu'ils aient des souliers avec des becs et des lacets, car cette chose est connue pour être abominable et réservée aux païens. Qu'ils n'aient pas non plus de choses superflues dans les cheveux et les robes ; car ceux qui servent le Souverain Créateur doivent nécessairement être nés dans et hors la garantie de Dieu qui dit : Estote mundi quia ego mundus sum, c'est-à-dire : "Sois net, comme je suis net".

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Des bêtes et des écuyers

33. Chaque frère chevalier peut avoir 3 bêtes et pas plus, à moins qu'il n'ait une permission du maître, et cela à cause de la grande pauvreté qui est actuellement dans la maison de Dieu et du Temple de Salomon. A chaque frère chevalier, nous octroyons donc d'avoir trois bêtes et un écuyer ; et si cet écuyer sert de son propre gré et pour la charité, le frère ne doit pas le battre pour quelque faute qu'il fasse.

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Des chevaliers séculiers qui servent à terme

34. Pour tous les chevaliers séculiers qui désirent, par pure volonté, servir à terme avec Jésus-Christ et avec la maison du Temple de Salomon, nous commandons d'acheter, avec loyauté, un cheval convenable, des armes et tout ce qui leur sera nécessaire pour leurs besoins. Ensuite, nous demandons aux deux parties de mettre le cheval à prix et de noter le prix par écrit pour qu'il ne soit pas oublié. Que les choses nécessaires à la vie de l'écuyer, du chevalier et du cheval, comme les fers pour le cheval, leur soient donnés selon l'aisance de la maison et par fraternelle charité. Si d'aventure, pendant le terme, le cheval venait à mourir au service de la maison, et que la maison puisse le faire, le maître lui en donnerait un autre. Si, à la fin du terme, le chevalier désire rentrer dans son pays, la moitié du prix du cheval sera laissée par charité à la maison par le chevalier et l'autre moitié, s'il le veut, il la recevra comme aumône de la maison.

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Comment doivent aller les frères

35. Il est une chose convenable à tous les frères qui sont profès, que pour faire le saint service et pour avoir la gloire du souverain bien et pour éviter le feu de l'enfer, qu'ils aient une ferme obéissance à leur maître. Car aucune chose n'est plus chère à Jésus-Christ que l'obéissance. Que lorsqu'une chose sera commandée par le maître ou par celui à qui le maître en aura donné le pouvoir, qu'elle soit faite sans aucune réserve, comme si c'était Dieu qui l'avait commandée. Comme dit Jésus-Christ par la bouche de David, et c'est la vérité : Ob auditu auris obedivit mihi, c'est à dire : "Il m'a obéi dès qu'il m'a entendu".

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36. Pour cela, nous demandons à tous les frères qui ont abandonné leur propre volonté, comme à tous ceux qui servent à terme, de ne point aller dans la ville ou dans la cité sans la permission du maître ou de celui qui tiendra sa place, excepté de nuit, au Sépulcre et aux lieux de prières qui se trouvent dans les murs de la cité de Jérusalem.

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37. Ainsi peuvent aller les frères et ils ne peuvent pas aller d'une autre manière, ni de jour, ni de nuit. Lorsqu'ils sont en arrêt à l'herbage, aucun frère, ni écuyer, ni aucun sergent ne doit aller au campement d'un autre pour le voir ou pour parler avec lui sans permission, comme il est dit ci-dessus. Nous commandons aussi, par le commun conseil de la maison et qui est ordonné par Dieu, qu'aucun frère ne combatte, ni ne se repose selon sa propre volonté, mais selon les commandements du maître auxquels tous doivent se soumettre. Qu’ils s'efforcent de suivre cette sentence de Jésus-Christ, qui dit : Non veni facere voluntatem meam, sed ejus qui misi me patris, c'est-à-dire :"Je ne viens pas faire ma volonté mais la volonté de mon père qui m'a envoyé".

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Que personne ne demande

38. Nous commandons de garder proprement cet usage et de le garder fermement entre tous les autres : qu'aucun frère ne demande le cheval d'un autre, ni ses armures. Il sera donc pratiqué de cette manière : si l'infirmité d'un frère ou la faiblesse de ses bêtes ou de ses armures sont reconnues telles que le frère ne puisse aller à la besogne de la maison sans dommage, qu'il vienne trouver le maître et qu'il lui montre son cas en pure foi, ou à celui qui tient cette place après le maître et, qu'en vraie fraternité, il demeure à la disposition du maître ou de celui qui tient sa place.

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Que nul frère n'ait de harnais dorés

39. Nous défendons totalement que les frères aient de l'or et de l'argent à leurs brides, à leurs étriers et à leurs éperons. Si cela arrivait, qu'ils les mettent de côté. Mais s'il advient qu'un vieil harnais leur soit donné par charité, que l'or et l'argent soit gratté afin que la beauté resplendissante ne soit pas vue des autres, non plus que l'orgueil qu'on en peut ressentir. Mais si c'est un harnais neuf qui est donné, c'est le maître qui le fera.

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Du maître

40. Le maître peut donner à qui il veut le cheval d'un autre frère ainsi que ses armures et ce qu'il voudra. Le frère à qui cette chose sera donnée, ou aura été ôtée, ne doit pas se courroucer, car sachez bien que s'il se courrouçait, il le ferait contre Dieu.

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Des serrures

41. Sans la permission du maître ou de celui qui est à sa place, aucun frère ne peut avoir de loquet, ni dans son sac, ni dans sa malle. A cela ne sont pas tenus les commandeurs des maisons ni des provinces, ni même le maître. Sans autorisation du maître ou de son commandeur, un frère ne doit recevoir de lettres ni de ses parents, ni d'autres personnes ; mais lorsqu'il en aura la permission, les lettres seront lues devant lui, si cela plaît au maître ou au commandeur.

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Que nul ne se glorifie de ses fautes

42. Bien que toutes les paroles oiseuses soient connues généralement pour être un péché, que devront dire ceux qui s'en glorifient, devant Jésus-Christ, le juge suprême, nous démontrons ce que dit le prophète David : Obmutui et silui a bonis, c'est à dire que l'on doit se garder même de bien parler et observer le silence. Ainsi, pour fuir le péché, on doit cesser et s'interdire de mal parler. Nous défendons et contredisons fermement qu'un frère raconte à un autre frère les procès qu'il a eus dans le siècle, ce qui est une mauvaise chose en travail de chevalerie, et qu'il narre aussi les délits de chair auxquels il a pu succomber avec des femmes assujetties. Et s'il advenait qu'un frère l'entende raconter d'un autre frère, qu'il le fasse taire aussitôt ; et s'il n'y parvenait pas, qu'il abandonne aussitôt sa place et ferme les oreilles de son coeur à ce marchand d'huile.

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Des dons séculiers

43. Si, par grâce, une chose qui ne peut être conservée, comme la viande, est donnée à un frère par un homme du siècle, il doit aussitôt présenter ce don au maître ou au commandeur de la viande. Mais s'il advient qu'un de ses amis ou un parent ne veuille le donner qu'à lui, il ne peut le prendre sans congé du maître ou de celui qui tient sa place. A ce commandement, nous voulons que soient tenus les commandeurs et les baillis, auxquels cet office est spécialement demandé.

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Des victuailles

44. Ce commandement, établi par nous, est une chose profitable que tous doivent garder et pour cela nous demandons fermement que rien ne soit gardé et qu'aucun frère ne possède rien, ni victuaille, ni linge, ni laine, ni autre chose, hormis son sac.

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Comment ils doivent changer

45. Sans congé du maître ou de celui qui tient sa place, aucun frère ne doit changer une chose avec une autre, ni ne doit demander si cette chose est petite ou vile.

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De la chasse

46. Ensemble, nous contredisons qu'un frère prenne un oiseau avec un autre oiseau. Il ne convient pas à des religieux de se procurer des plaisirs, mais d'entendre volontiers les commandements de Dieu et d'être souvent en prière, pour reconnaître chaque jour, avec Dieu, par des larmes et des pleurs, le mal qui l'aura tué. Qu'aucun frère ne cherche à accompagner spécialement un homme qui tue un oiseau avec un autre oiseau. Il est plus convenable à tout homme religieux d'aller simplement et humblement, sans rire et sans parler, raisonnablement et sans hausser le ton. Et pour cela, nous commandons spécialement à tous les frères qu'on ne les voie pas dans les bois avec des arcs et des arbalètes pour chasser les bêtes, ni avec l'homme qui chasse, à moins que ce ne soit pour le préserver des délits païens. Vous ne devez pas non plus aller après les chiens, ni crier, ni bavarder, ni pointer le cheval pour tenter de capturer une bête sauvage.

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Du lion

47. Il est une chose que vous devez considérer comme une dette, ainsi que le fit Jésus-Christ : défendre la terre des mécréants païens qui sont les ennemis du fils de la Vierge Marie. Cette défense de chasser, dite ci-dessus, ne s'entend pas du lion, car il tourne et cherche qui il peut dévorer, les mains levées contre tous et toutes les mains levées contre lui.

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Des jugements

48. Nous savons, pour l'avoir vu, que les persécuteurs sont sans nombre et que les gens aiment les querelles et s'efforcent de tourmenter cruellement leurs amis et les fidèles de la Sainte Eglise. Aussi, par la claire sentence de notre concile, nous défendons d'écouter quelqu'un, dans les parties d'Orient ou en autre lieu, mais, à cause de la faiblesse des hommes et par amour de la vérité, nous commandons de juger l'affaire, si l'autre partie veut accepter. Que ce même commandement soit tenu à tout jamais pour toutes choses qui vous seront dites ou enlevées.

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Comment peut-on avoir des terres et des hommes

49. Cette manière de nouvelle religion, nous croyons qu'elle prit naissance dans la sainte Terre d'Orient par la Divine Ecriture et par la Divine Providence. Nous faisons savoir que cette chevalerie armée doit, sans culpabilité, tuer les ennemis de la Croix. Pour cela, nous jugeons par droit que vous soyez appelés chevaliers du Temple, avec le double mérite de beauté et de prouesse, et que vous puissiez avoir des terres, des hommes, des vilains, tenir des champs et les gouverner avec justice et prendre votre droit de ces choses comme cela est spécialement établi.

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Des frères malades

50. Aux frères malades, qu'il soit donné une fidèle garde et une grande bonté et qu'il soient servis selon ce que dit l'Evangile et Jésus-Christ : "Infirmus fui et visitastis me, c'est-à-dire : "Je fus malade et vous m'avez visité". Que cela ne soit jamais oublié, car les frères qui sont malades doivent être traités en paix et avec soin : on gagne le règne du paradis si l'on fait un tel service avec foi. Nous commandons donc à l'infirmier qu'il se pourvoie soigneusement et fidèlement des choses qui sont nécessaires aux divers malades, comme les viandes, les chairs, les oiseaux et toutes les autres viandes qui rendent la santé, et ce la selon l'aisance et le pouvoir de la maison.

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De la paix

51. Chaque frère se doit de ne pas inciter son frère au courroux, ni à la colère, car la grande pitié de Dieu protège le frère puissant comme le faible, et cela au nom de la charité.

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Des frères mariés

52. Si des frères qui sont mariés demandent la fraternité et le bénéfice des prières de la maison, nous vous octroyons de les recevoir de la manière suivante. Qu'après leur mort ils vous donnent la part de leur bien et tout ce qui affèrera. Entre-temps, ils doivent mener une honorable vie et s'efforcer de faire du bien aux frères. Mais ils ne doivent jamais porter des robes blanches, ni les blancs manteaux ; mais si le baron meurt avant sa femme, les frères doivent prendre la part de ses biens, et l'autre part, la dame en aura jouissance pendant toute sa vie. Il ne semblerait pas juste aussi que de tels confrères habitassent dans une maison où les frères ont promis la chasteté à Dieu.

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Des soeurs

53. La compagnie des femmes est une chose dangereuse. Nombreux sont ceux, que par la fréquentation des femmes, le Diable a rejetés du droit sentier du paradis. Que les dames, en qualité de soeurs, ne soient jamais reçues en la maison du Temple. Pour cela, très chers frères, comme il est dit ci-dessus, il ne convient pas de vous accoutumer de cet usage et que la fleur de chasteté apparaisse en tout temps entre vous.

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Des chevaliers excommuniés

54. En aucune manière, un homme excommunié ne doit avoir de compagnie avec les frères du Temple. Et cela, nous vous le défendons fermement, parce que c'est pour une chose honteuse qu'il fut excommunié. Mais s'il lui est seulement interdit d'entendre le service de Dieu, on peut bien user de relations avec lui et prendre son bien par charité, suivant la permission du commandeur.

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Comment on doit recevoir les frères

55. Si un chevalier séculier, ou tout autre homme, veut s'en aller de la masse de perdition et abandonner ce siècle et choisir la vie commune du Temple, ne vous pressez pas trop de le recevoir. Car ainsi le dit messire saint Paul : Probate spiritus si ex Deo sunt, c'est-à-dire : "Eprouvez l'esprit pour voir s'il vient de Dieu". Mais pour que la compagnie des frères lui soit donnée, que la règle soit lue devant lui et s'il veut obéir à ses commandements, s'il plait au maître et aux frères de le recevoir, qu'il montre sa volonté et son désir aux frères assemblés en chapitre et devant tous et qu'il fasse sa demande avec courage.

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Des frères envoyés

56. Les frères qui sont envoyés à travers les diverses contrées et les diverses parties du siècle doivent s'efforcer de pratiquer les commandements de la règle selon leur pouvoir, et ils devront vivre sans reprendre des viandes ou du vin ou autre chose afin qu'ils donnent un bon témoignage à ceux qui sont dehors. Qu'ils ne faillissent en rien dans le propos de l'ordre et qu'ils donnent l'exemple des bonnes oeuvres et de la sagesse. Et même chez ceux où ils séjourneront et chez celui dans la maison duquel ils hébergeront, qu'ils soient honorés de bien et de bonté. Et si cela peut se faire, que la nuit ne soit pas sans lumière dans cette maison ou s'ils guerroient ou s'ils sont à l'herbage, afin que l'ennemi ténébreux ne leur donne raison du péché, ce dont Dieu les défende.

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De la confiance des sergents

57. Pour les écuyers et les sergents qui veulent servir à la charité du Temple, pour le salut de leur âme et à terme, venant de diverses provinces, il nous semble profitable qu'ils soient reçus en toute confiance, pour que les ennemis envieux ne les mettent en courage de se repentir, ni ne leur retirent leurs bons propos.

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De ne pas recevoir les enfants

58. Malgré que la règle des saints pères accepte de recevoir les enfants en religion, nous ne vous conseillons pas de vous en charger. Car celui qui voudra donner pour toujours son enfant à la religion de la chevalerie doit le nourrir jusqu'à l'heure où il pourra porter les armes et arracher de la terre les ennemis de Jésus-Christ. Mais si, auparavant, le père et la mère le conduisent à la maison et font savoir aux frères ce qu'ils veulent, il est meilleur qu'ils s'en abstiennent de le recevoir tant qu'il est enfant, car il est meilleur qu'il ne se repente pas lorsqu'il atteindra la maturité. Et dès ce moment, qu'il soit mis à l'épreuve selon la prévoyance du maître et selon l'honnêteté de celui qui demande la fraternité.

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Des vieux frères

59. Nous commandons par pieux égard que les vieux frères et les faibles soient honorés et soient traités selon leur faiblesse et suivant l'autorité de la règle pour les choses qui sont nécessaires à leur corps et que rien ne leur soit retenu en aucune manière.

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Du conseil

60. Le maître doit connaître la sagesse des frères qui sont appelés en conseil, ainsi que le profit de leur conseil ; car nous le commandons de cette manière et non pas à tous : lorsqu'il advient qu'ils aient à traiter de choses importantes, comme donner une terre de l'ordre, ou parler des affaires de la maison ou recevoir un frère, s'iI plaît au maître, il est convenable de réunir toute la congrégation et d'entendre le conseil de tout le chapitre. Ce qui semblera plus profitable et meilleur au maître, qu'il le fasse alors.

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Des chevaliers excommuniés

61. Là où vous saurez qu'il y a une réunion de chevaliers excommuniés. nous vous commandons d'y aller. Si aucun ne veut se rendre et s'ajouter à l'ordre de chevalerie des parties d'outre-mer, songez au salut éternel de leurs âmes et non seulement au profit temporel. Nous vous commandons, par cette condition de réception, qu'il aille d'abord devant l'évêque de la province et qu'il fasse savoir son propos. Lorsque l'évêque l'aura entendu et absous, s'il l'envoie au maître et aux frères du Temple et si sa vie est honnête et digne de leur compagnie, s'il semble bien au maître et aux frères, qu'il soit reçu avec miséricorde. Mais s'il meurt entre-temps, à cause de la crainte et du travail dont il aura souffert, qu'il lui soit donné tous les bénéfices de la fraternité comme à l'un des pauvres chevaliers du Temple.

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Des dîmes

62. Vous qui avez abandonné les délicieuses richesses de ce siècle, nous pensons que vous êtes opprimés de par bonne volonté, à vous qui vivez en communauté, nous vous conservons l'avoir des dîmes. Si les évêques du lieu où la dîme doit être rendue par le droit, veulent vous la donner par charité, avec l'assentiment du chapitre de cette même église, il peut le faire. Mais si un homme laïc retire les dîmes de son patrimoine et à son dommage, contre l'église, et veut vous les laisser, il peut le faire par la concession du prélat et de son chapitre.

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Des fautes

63. Si un frère fait une faute, en chevauchant ou en parlant ou en toute autre manière, il doit, de son propre gré, montrer la faute au maître et il doit le faire avec pur courage de satisfaction. S'il n'est pas coutumier de faire des fautes, il en aura une légère pénitence, mais si la faute est trop grave, qu'il se retire de la compagnie des frères, qu'il ne mange, ni ne boive à aucune table, mais seul, et qu'il soit soumis au pardon et au jugement du maître et des frères afin qu'il soit pur au jour du dernier jugement.

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Des petites fautes

64. Avant toute chose, nous devons prévoir qu'un frère, puissant ou non, fort ou faible, qui ne veut pas s'amender petit à petit, s'humilier ou défendre sa faute, ne demeure pas sans discipline. S'il veut s'amender, qu'il soit mis à la plus petite peine. Mais s'il refuse de se plier à de petites admonestations et si malgré les prières faites pour lui à Dieu, il ne s'amende pas et s'enorgueillit de plus en plus, qu'il soit ôté du petit troupeau suivant ce que dit l'apôtre : Auferte malum ex vollis, c'est-à-dire : "Enlevez les mauvais parmi vous". Il est besoin que vous enleviez la mauvaise brebis de la compagnie des frères faibles.

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65. Mais que le maître, qui doit tenir en sa main le bâton et la verge pour soutenir les faiblesses et les forces des uns - la verge pour guérir les vices de ceux qui fauteront - par amour du droit et par conseil du patriarche, étudie ce qu'il doit faire comme le dit monseigneur saint Maxime :"Que la bonté ne soit plus grande que la faute et qu'aucune détresse démesurée ne fasse retourner le pécheur à mal faire".

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Des chemises

66. Parmi toutes les choses, nous commandons, avec miséricorde, qu'à cause de la grande chaleur qu'il y a en pays d'Orient, de Pâques à la Toussaint, par grâce et non par devoir, il soit donné à chaque frère une chemise de toile pour celui qui voudra en user.

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Du murmure

67. Nous vous commandons de fuir comme la peste : l'envie, le murmure et la calomnie. Ainsi donc que chacun se garde avec sagesse de ce que dit l'apôtre : Ne sis criminator et susurro in populo, c'est à dire : "ne fais pas de blâmes, ni ne sois médisant du peuple de Dieu". Mais lorsqu'un frère connaîtra clairement que son frère a fauté, en paix et avec fraternelle pitié, qu'il soit corrigé entre eux deux en privé ; s'il ne veut rien entendre, il ajoute un autre frère et s'il méprise l'un et l'autre, qu'on le reprenne devant le chapitre. Car ceux qui méprisent les autres sont atteints de grande cécité et beaucoup sont remplis de malheur. Qu'on se garde de porter envie les uns sur les autres afin de ne pas être plongés dans la vilenie du démon.

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Qu'ils n'aient pas de familiarités avec les femmes

68. Nous croyons qu'il est une chose périlleuse à toute religion de regarder les femmes en face. Et pour cela qu'aucun d'entre vous ne présume pouvoir embrasser une femme, une veuve, une pucelle ni sa mère, ni sa soeur, ni sa tante, ni aucune autre femme. Ainsi donc, la chevalerie de Jésus-Christ doit fuir de toute manière d'embrasser les femmes par quoi les hommes ont continué maintes fois de tomber ; qu'ils puissent conserver et demeurer perpétuellement devant Dieu avec pure conscience et une vie sûre.

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Des couvertures

69. Qu'aucun frère n'ait de couverture, ni pour l'écu, ni pour la lance, car ce n'est d'aucun profit, ainsi nous entendons que ce soit grand dommage.

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Des prêtres et des clercs qui servent par charité

70. Toutes les offrandes de toutes sortes et de quelque manière qu'elles seront faites aux chapelains et aux clercs et à ceux qui servent à terme, par l'universalité du commun concile, nous commandons de les rendre. Les serviteurs de l'Eglise, selon l'autorité du nom de Dieu, ont la viande et la robe et ne peuvent prétendre à autre chose à moins que le maître, de son bon gré, ne leur donne par charité.

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Des chevaliers séculiers

71. Sont chevaliers de la maison de Dieu et du Temple de Salomon ceux qui servent par miséricorde et qui demeurent près de vous. Donc nous, par pitié, nous vous prions et pour la perfection, nous vous commandons fermement que si la puissance de Dieu emmena l'un d'eux pendant son temps, par charité fraternelle qu'un pauvre soit reçu et nourri sept jours pour le repos de son âme et que chaque frère qui sera dans cette maison dise trente patenôtres.

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Du baptême

72. Nous commandons à tous les frères qu'aucun ne lève un enfant sur les fonts baptismaux et n'ait aucune vergogne à refuser les compères et les commères et que cette vergogne anime plus la gloire que le péché.

Croix_Templi_re      Copie_de_Croix_Templi_re_2

73. Tous les commandements qui sont dits et écrits ci-dessus en cette présente règle sont à la discrétion et à l'égard du maître.

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Ce sont les fêtes et les jeûnes que tous les frères du Temple doivent célébrer

74. Qu'il soit connu à tous les frères du Temple présents et à venir qu'ils doivent jeûner les vigiles des douze apôtres, c'est à savoir : saint Pierre et saint Paul, la saint André, saint Jacques et saint Philippe, saint Thomas, saint Barthélemy, saints Simon et Judes, saint Jacques, saint Matthieu, la vigile de saint Jean-Baptiste, la vigile de l'Ascension, et les deux jours avant les rogations ; la vigile de Pentecôte, les Quatre-temps, la vigile de saint Laurent, la vigile de Notre Dame de la mi-août, la vigile de la Toussaint. Pour toutes ces fêtes nommées, ils doivent jeûner selon les commandements du pape Innocent et par le concile qui fut fait dans la cité de Pise. Et si une de ces fêtes tombait un lundi ou un samedi, ils doivent jeûner le jour avant. Si la fête de la Nativité de Notre Seigneur tombe un jour de vendredi, les frères doivent manger de la chair en l'honneur de la fête. Mais le jour de la fête de saint Marc, ils doivent jeûner à cause des Litanies, car cela est établi par Rome pour la mortalité des hommes. Mais si la fête tombe dans les octaves de Pâques, ils ne doivent pas jeûner.

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Ce sont les fêtes qui doivent être célébrées en la maison du Temple

75. La Nativité de Notre Seigneur, la fête de saint Etienne, saint Jean l'Evangéliste, les Innocents, les huitaines de Noël qui est le jour du Nouvel An, le baptême, sainte Marie de la Chandeleur, saint Mathias l'Apôtre, l'Annonciation de Notre Dame de mars, la Pâques et les trois jours suivants, la Saint-Georges, Saint Philippe et Saint Jacques, deux apôtres, l'Invention de la Sainte Croix, l'Ascension de Notre Seigneur, la Pentecôte et les deux jours suivants, la Saint Jean Baptiste, saint Pierre et saint Paul, deux apôtres, sainte Marie-Madeleine, saint Jacques l'Apôtre, saint Laurent, l'Assomption de Notre-Dame, la Nativité de Notre-Dame, l'exaltation de la Sainte-Croix, saint Matthieu l'apôtre, saint Michel, saint Simon et saint Jules, la fête de tous les saints, saint Martin hors les charrues, sainte Catherine hors les charrues, saint André, saint Nicolas hors les charrues, saint Thomas l'Apôtre.

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76. Aucune autre fête plus petite ne doit être célébrée dans l'ordre du Temple. Et nous voulons et conseillons que cela soit gardé et tenu fermement. Tous les frères du Temple doivent jeûner du dimanche avant la Saint-Martin jusqu'à la Nativité de Notre Seigneur, à moins d'une infirmité. S'il advenait que la fête de saint Martin tombât un dimanche, le dimanche avant tous les frères doivent laisser la chair.

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11 août 2007

L'Influence Celtique et Druidique

L'influence Celtique et Druidique

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Rattacher l’Ordre du Temple, fer de lance de la chrétienté moyenâgeuse aux cultes celtiques et aux druides pourrait sembler une gageur, et bon nombre d’auteurs s’y refusent d’ailleurs.
Mais nous le savons, telle Isis la Déesse Mère, la vérité avance souvent voilée… Soulevons donc (un peu) le voile d’Isis.

Revenons donc à l’école canoniale de Châtillon sur Seine où un jeune novice (de 9 ans…) appelé Bernard de Fontaine (et oui…) se recueille dans l’église Saint - Vorles devant une image de la Vierge :
Celle-ci est représentée en majesté, en une pose aristocratique et princière, elle tient son enfant devant elle, le visage de Jésus est moins soigné comme si le plus important était la représentation de la mère... sa robe arbore le bleu, le blanc et le rouge (couleur alchimique…) mais elle est sombre, tant par l’âge que par l’art.

Il s’agit d’une Vierge Noire

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Quelques écrits de l’église, authentifieraient  la légende qui dit que Bernard, s’adressant alors à la
Vierge Noire demanda : - « Monstra te esse matrem… »
La Vierge Marie pressa son sein, et 3 gouttes de lait jaillirent miraculeusement sur ses lèvres, venant nourrir le futur St Bernard !

Il s’agit là d’une allégorie alchimique*1, signifiant également que le futur Bernard de Clairvaux, nourri du lait de la Vierge Noire, s’est abreuvé aux sources même de la tradition druidique !

Lui-même donne pour ses maîtres les chênes et les hêtres, et certaines de ses paroles sont éminemment celtiques :

- « Vous trouverez plus de choses dans les forêts que dans les livres. Les arbres et les pierres, vous apprendront ce que les maîtres ne sauraient vous enseigner. Pensez-vous que vous ne puissiez sucer le miel de la pierre, l’huile du rocher le plus dur ? Est-ce que des collines ne coulent point le lait et le miel ? Est-ce que les vallées ne sont point remplies de froment ? »

Remontons maintenant l’histoire……… jusqu’à Joseph d’Arimathie !

Et fixons notre attention sur une petite localité du nom de «Glastonbury »

Glastonbury: (le cimetière caché des glaces ou le brillant caché lumineux), est le nom d’une localité du Somerset anglais, (autrefois au cœur du Wessex) qui deviendra plus tard siège d’une importante abbaye cistercienne (…) au Moyen-âge… Elle passe pour avoir été, auparavant, un des hauts lieux du celtisme antique avec l’Ile d’Avalon ! Résidence favorite des fées, localisation de l’Autre monde chez les Celtes.

Deux idées se dégagent de ce nom, celle de gel, de glace, de lumière (Glass) et celle d’enterrement, de cache, de cimetière (bury) et relient d’emblée ce lieu au séjour des morts et à un univers lumineux.
Avalon, elle, est l’île des pommes, le verger sacré toujours florissant, lieu de séjour des héros celtes, jardin paradisiaque de l’Autre monde. C’est là, si l’on en croit le trouvère anglo normand Robert Wace, qu’Arthur, lassé des batailles et navré mortellement se fit porter pour soigner ses blessures, les bretons attendent qu’il en revienne : "rex Arturus, rex Futurus".
A Glastonbury, s’établit, avant la conquête saxonne, sur les traces d’un ancien sanctuaire celte, attesté par la configuration des lieux et souligné par les historiens, un monastère de chrétienté celtique dédié à la Vierge ! 

Et qui deviendra une Abbaye cistercienne…

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Joseph d'Aimathie tenant le Graal (vitrail église de Glastonbury)

L’histoire de l’Abbaye comme l’imaginaire qui se développe autour d’elle ne sont pas non plus sans intérêt, car sa vocation, s’affirmant au delà des âges, est celle de rendre compte d’un sens caché, véritable symbole des connexions qui existent entre la religion des celtes et le christianisme au cours du premier millénaire…

Parmi celles-ci, notons:

- après la mort du Christ, Joseph d’Arimathie, aurait transporté le Graal jusqu’en Occident et vint sur ces lieux avec douze compagnons pour fonder la première église d’Angleterre non sans avoir passé accord avec le druide Arvirogus, qui alla jusqu’à lui concéder un terrain, la tradition ésotérique chrétienne dont Joseph d’Arimathie était un des dépositaires s’accordant profondément avec la tradition celtique.

Le choix de Glastonbury comme lieu sacré du christianisme celtique en " Bretagne la bleue " n’est évidemment pas du au hasard… C’est là que les druides avaient bâti l’un de leurs centres les plus importants des îles britanniques.


Le lieu, d’une grande beauté, est constitué de trois monuments, également rattachés aux deux traditions:

- l’Abbaye elle-même, dont les fidèles revendiquent l’antériorité sur toutes les autres églises de la chrétienté, y compris celle de Rome, sise à l’emplacement où Joseph d’Arimathie planta son bâton, geste fondateur s’il en est, tombeau sacré de Joseph et du Roi Arthur et de Guenièvre.

- la Tor, (éminence qui domine Glastonbury et connut la double occupation celte et chrétienne), possède à son sommet une chapelle dédiée à Saint Michel, le tueur de dragon à l’épée flamboyante qui, en bien des endroits, est invoqué là où les celtes s’adressaient à Bélénos le Brillant, l’Apollon celte…

- le puits du calice (Chalice Well) au pied de la Tor où Joseph d’Arimathie, dit la légende, cacha le Graal. Ce lieu est très fréquenté par les pèlerins qui tentent de percevoir dans les eaux du puits le secret de leur avenir. De même, les celtes se rendaient prés des fontaines réputées comme lieux de mise en contact avec le royaume des Immortels.


Prolongeant le celtisme, le christianisme a sacralisé les lieux sacrés d’Avalon et Glastonbury, a sublimé les éléments qui en faisaient la sacralité: l’arbre (l’aubépine*2 du bâton de Joseph d’Arimathie), la source sacrée (Chalice Well), l’île (île d'Avalon), l’éminence (la Tor). Ces différents indices nous renforcent dans la conviction que l’Eglise Celte n’a pas été détruite par l’Eglise Catholique romaine, mais qu’elle s’est fondue en elle, cela participe moins d’une conquête culturelle que d’une véritable incorporation spirituelle !

Véritable Haut Lieu des celtes comme du monachisme occidental, celto chrétien d’abord, puis cistercien ensuite, l’Ile d’Avalon conserve tout son mystère que ne sauraient percer les yeux qui ne voient pas l’invisible…

De l’Angleterre à l’Irlande celtique il n’y a qu’un pas…

C’est en Irlande que naît Colomban (ou Columban, en latin Columbanus) exactement la même année qui voit mourir le père des Bénédictins, Benoît de Nursie. Son nom est classique en Irlande, et signifie colombe. Né d’une mère chrétienne, il fut confié, selon la coutume irlandaise, à un fer leighinn (homme lisant), de qui il apprit le latin. Son éducation littéraire et sa formation religieuse furent acquises au sein des monastères de Clauin Inis (" île penchée ") et Bangor.

Colomban est formé dans le contexte particulier d’une Irlande celtique et chrétienne (christianisme celtique), coupée de l’Église romaine, ce qui lui vaudra quelques désagréments plus tard…

Vers quarante ans, il lui parut entendre la voix de Dieu, lui proposant de prêcher l’Évangile dans les pays étrangers.

SaintColumbanus

Saint Colomban

Il quitte Bangor et part ainsi vers le continent, douze compagnons avec lui : Attala (saint), Columban le jeune, Cummain, Domgal, Eogain, Eunan, Bile (saint), Gurgano, Libran, Lua, Sigisbert et Waldoleno. Le groupe fait une halte en Grande-Bretagne, vraisemblablement sur la côte écossaise, puis arrive sur les côtes bretonnes, vers 585.

Ils débarquent sur la plage du Guesclin en Saint Coulomb près de Saint-Malo en Bretagne. Une croix en marque le souvenir.

Ensuite, ils se dirigent vers Reims en passant par Rouen et Noyon. Colomban souhaite rencontrer Childebert II, le roi d’Austrasie pour solliciter un lieu de séjour. Il obtient le droit de s’installer dans ce royaume. Le groupe repart alors vers Châlons-en-Champagne, Langres, à la recherche d’un endroit propice à leur installation.

Le groupe de prédicateurs irlandais et armoricains allait redonner un nouvel élan à la vie religieuse, par leur ardeur, leur goût de l’étude et du dépassement. Leur réputation arrive tout naturellement aux oreilles des princes, en particulier celles de Gontran, roi de Bourgogne qui lui octroie un domaine dans les solitudes des montagnes vosgiennes et c’est là, à la place de la forteresse romaine en ruine d’Annegray (sur la commune actuelle de Voivre, en Haute-Saône), que Colomban fondera son premier monastère. Puis devant l’affluence et le succès il en créera trois autres.

Pour elles, il écrivit sa propre Règle, inspiré des coutumes de Bangor et, plus encore, de la culture celtique dont il était issu.

Il met par écrit les principes sévères du monachisme irlandais à destination des monastères de la gaule. Il rédige trois documents :

- le Pénitentiel, qui est un recueil de sanctions pour les fautes commises, pour les laïcs, les clercs, et les moines.

- la Règle conventuelle qui ne contient que des peines pour les fautes commises.

- la Règle des Moines qui est une véritable règle, et insiste sur les vertus des moines.

Elle existe en deux versions :

Regula cujusdam patris ad monachos, longue de vingt-deux chapitres et destinée aux communautés d’hommes.

Regula cujusdam patris ad virgines, longue de vingt-quatre et destinée aux communautés de femmes.

Cette règle est d’abord en vigueur à l’abbaye de Luxeuil, puis à celles de Lure et de Fontaine-lès-Luxeuil.

La règle connaît un certain succès, et près de 90 monastères l’adoptent !

Mais, extrêmement sévère, parfois imprécise, elle est modifiée ou abandonnée : dès 628, la règle de saint Benoît est associée à celle de saint Colomban dans les monastères qui en relèvent. En 745, le concile des Francs, dirigé par saint Boniface, archevêque de Mayence, préconise l’adoption de la règle bénédictine pour tous les monastères du royaume.

Cependant, lors de sa réforme au Xe siècle, saint Benoît d’Aniane reprend quelques articles de la règle de saint Colomban qu’il incorpore à la règle de saint Benoît !

Puis ce sera le départ forcé…

D’une part, les évêques n’en peuvent plus de supporter les libertés que prenait de jour en jour l’abbé irlandais, (sans compter que sa renommée grandissante devait leur causer beaucoup de jalousie et leur faire de l’ombre), et d’autre part, Colomban ayant rencontré à Boucheresse Brunehilde, grand-mère du roi Thierry II de Bourgogne, refuse des bénir ses petits enfants qu’elle souhaite lui présenter, car pour lui, ce sont des " bâtards ". En effet, le roi Thierry II de Bourgogne n’avait pas d’épouse et ses enfants étaient issus de plusieurs concubines.

Pour comprendre ce qui vient d’être dit des libertés prises par Colomban, il faut préciser que le monachisme irlandais ne se soucie pas beaucoup des évêques. En Irlande, les frontières entre abbaye et évêché ne sont pas claires, le concept de siège épiscopal non plus, et les limites mêmes des charges abbatiales ou épiscopales ne sont pas établies une fois pour toutes (elles se cumulent parfois).
L’abbé irlandais prend soin, par exemple, d’établir une hostellerie à côté du cloître et d’interdire l’accès de ce dernier aux personnes du siècle. Il entre d’ailleurs à ce sujet en conflit avec le roi Thierry II, mais surtout, les évêques s’irritèrent de son entêtement à conserver le calendrier pascal tel qu’on l’observait encore dans les rites celtiques, et qui diffère du rite romain…

Les deux premières lettres qu’il adressa au pontife à ce sujet ne lui furent par remis ou ne parvinrent à destination, quant à la troisième, si on la retrouve dans la correspondance de Grégoire, elle n’a jamais reçu de réponse, événement peut-être concomitant avec la mort du pontife, en 604.
Cette lettre défendait avec autant de douceur que de liberté la tradition celtique !


Nous venons de voir (sommairement) l’influence celte dans les débuts de la chrétienté, puis chez les bénédictins et les cisterciens.

Il est temps de retrouver notre Saint Bernard agenouillé devant la Vierge Noire…


Les Vierges noires ne sont pas implantées n’importent où… Les druides étaient des initiés de la Tradition Primordiale, tous les lieux possédant une authentique Vierge Noire sont tous des lieux connus comme lieux d’adoration de divinités celtiques ou païennes et les lieux de culte celtique sont disposés sur des nœuds de courant, où l’intensité des radiations du sol est très forte, ils utilisaient leur connaissance des courants telluriques et cosmiques.


Religieusement, les gaulois n’avaient que des lieux sacrés, marqués d’arbres ou de pierres non taillées tels les menhirs et des dolmens, or les moines s’installèrent sur les lieux sacrés des gaulois… reconnaissant ainsi implicitement la base du druidisme dans l’église catholique.


De plus, lorsqu’on analyse l’implantation des Commanderies et des maisons templières on remarque qu’elles sont pour la plupart bâties sur d’anciennes routes celtiques…


Alors… initié celte Bernard de Clairvaux ? Druide ?


Être affirmatif serait pour le moins présomptueux, mais on ne peut nier indéfiniment les coïncidences… surtout qu’elles ne doivent jamais rien au hasard !


Le terme « Notre Dame » par exemple, fut inventé par Bernard de Clairvaux, les historiens sont au moins d’accord là-dessus, et les Cathédrales gothiques du Moyen-Âge dédiées à Notre Dame furent construites grâce aux Templiers, elles furent de plus, implantées sur des lieux de culte celte…

Bernard de Fontaine était cistercien, l’Ordre de l’abbé Etienne Harding. (Qui l’envoya créer l’abbaye de Clairvaux)


Harding était anglais, terre de Celtes et de Druides avec l’Irlande, on lui prête la création des armoiries de Cîteaux : un chêne décapité… On peut y voir la symbolique évidente et le lien avec la culture celte.

Est-ce lui qui a initié le futur St Bernard ? On ne le sait...


Ce qui est sûr en revanche, c’est que c’est entre les bras de Bernard que viendra mourir Meal O’Morgair en 1148. Meal O’Morgair, archevêque d’Armagh en Irlande… qui fut Saint Malachie, auteur de la fameuse prophétie dite des papes ! Et qui établissait ses célèbres prophéties à partir de tables astrologiques druidiques !


Laissons la parole à Alain Degris auteur d’ouvrages remarquables sur les Templiers :

- « Le Grand Druide René Bouchet, rencontré récemment, m’a raconté que la réorganisation druidique datait de 1088 quand Pierre de Brueys (Grand Druide des Gaules) souleva la Savoie et le Languedoc en prêchant un christianisme conforme aux traditions mais « pauvre »  heurtant ainsi les intérêts des riches abbayes, des évêques et des seigneurs. Les collèges druidiques, après que le Grand Druide fut brûlé en 1147 à Saint Gilles avec son disciple Henri de Toulouse, rentrèrent dans la clandestinité et se dissimulèrent sous la robe de bure des Bénédictins.

Il me parla de Bernard de Clairvaux comme un des Grands Druide des Gaules et lorsque je cherchais à m’enquérir des raisons qui avaient pu faire que des communautés druidiques, auraient pu, selon lui, survivre au sein d’un Ordre Chrétien, il me répondit que l’adhésion du Collège Druidique à l’évangile du Christ, n’était pas de même nature que d’admettre l’autorité de Rome et de sa hiérarchie… et que souvent un Ordre initiatique se cache ainsi au milieu d’autre chose… »


J’ajouterai pour conclure :

Il est dit qu’une nuit Aleth  (Mère de Bernard de Clairvaux) eut un songe : l’enfant qu’elle portait lui apparu sous la forme d’un petit chien blanc, taché de roux qui aboyait fortement. Troublée, elle alla consulter un saint homme qui lui prédit ceci :

- « Votre enfant sera le gardien de la maison de Dieu, il fera entendre à sa porte de grands aboiements contre les ennemis de la foi… et comme un bon chien, de sa langue salutaire, il guérira en beaucoup de gens les maladies des âmes… ».

Geoffroy, secrétaire de Saint Bernard, dans le sermon pour l’anniversaire de Bernard n° 16, écrivit à ce propos :

- « Ceux qui ont éprouvés en eux la force des aboiements de Bernard, qui ont connu avec une certitude la grâce médicinale de sa langue, redisent combien il est vrai l’oracle qui prédisait l’éloquence de cet homme fidèle, et combien grande en fut l’efficacité. »


Ce qui n’est pas sans rappeler la légende celtique du chien de Culann et le geste du héros Cou’Houlainn…


Et en guise de clin d’œil…

Les premiers templiers étaient 9*3, durant 9 ans de 1119 à 1128 ils restèrent 9… 

Si l’on additionne 1+1+1+9 on obtient 12 = 1+2 = 3

Si l’on additionne 1+1+2+8 on obtient encore 12 = 1+2 = 3 et 3 X 3 = 9 !

Jacques de Molay finit ses jours le 18 Mars 1314 !

1+8 = 9  et 1+3+1+4 = …9

Ceux que la valeur des nombres intéresse, n’ont pas manqué pas de remarquer la prédominance du 9 dans l’histoire des templiers, mais savent-ils que les Triades (Textes celtes recopiés au Moyen-âge) sont au nombre de 81 ? Soit 9 X 9…

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*1 : concernant les couleurs et l’alchimie : Dans les opérations alchimiques, la matière première (materiae prima) se transforme en se colorant de diverses façons. Trois couleurs dominent... oeuvre au noir, oeuvre au blanc et oeuvre au rouge. Le bleu nuit est assimilé au noir (putréfaction), le blanc, phase suivante (purification) et le rouge (rubification, action du feu secret).

*2 : l’aubépine, je reviendrai sur elle, car son symbolisme rattache aussi la tradition celtique aux Templiers…

*3 : plus tard, quand j’aurai un peu plus de temps, je développerai plus en détail la symbolique du neuf

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14 août 2007

Les Vierges Noires

Les Vierges Noires

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« Je suis La Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type uniforme des Dieux et des Déesses. C’est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l’océan, le silence lugubre des enfers. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, avec mille noms différents.
Les phrygiens, premiers nés sur terre, m’appellent la déesse-mère de Pessinonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Cécropienne ; chez les habitants de l’île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois armés de l’arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine la Strygienne ; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès. Les uns m’appellent Junon, d’autres Bellone; ceux-ci Hécate, ceux-là la déesse Ramonte. Mais ceux qui, les premiers, sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples d’Ethiopie, de l’Asie et les Egyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la reine Isis."

Apulée « Métamorphoses XI »


Et si Apulée n’avait pas vécu au II ème siècle avant notre ère, il aurait pu rajouter « et les chrétiens me nomment la vierge Marie... »

Les Vierges Noires sont l’objet d’une dévotion toute particulière.

On leur prête depuis toujours, des pouvoirs miraculeux et ces statues sont devenues des objets de légendes, transmises de siècle en siècle par la tradition orale.

Elles sont par excellence le symbole de la fécondité, source de vie humaine et fertilité des terres, et leur couleur noire intrigue bien des gens…

On en trouve dans toute la chrétienté d’Occident excepté dans les pays où s’affirme la tradition orientale de l’icône ainsi qu’en Europe de l’Est. Des sanctuaires renommés lui sont dédiés tels que Montserrat en Catalogne ou Notre-Dame de l’Aparecida au Brésil. Particulièrement fréquentes en France, leur culte est attesté tout particulièrement en Auvergne et dans tout le Massif Central.

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Origine :

Nous savons que la statue d’Isis assise avec son fils, était noire, Artémis d’Ephèse l’était également. Ces Déesses comme celles des Phéniciens avaient pénétré l’Europe de l’Ouest très tôt. La religion romaine après la conquête de la Grèce a tout simplement adopté la mythologie du pays (Zeus = Jupiter). Quand à la religion chrétienne, elle s’est petit à petit adaptée aux traditions locales. Toutes les religions méditerranéennes antérieures au Christianisme adoraient déjà des divinités féminines, Marie a donc hérité de toutes ces divinités détrônées.


Les tribus celtes du pays gaulois adoraient le dieu Bélem dont la soeur et l’épouse était Bélisama… la Vierge noire, la brillante, la grande Reine, on remarque d’ailleurs une parenté d’attitude entre la Déesse mère celtique et les Vierges noires.

Ce culte de la « Déesse mère » ou de la Déesse terre » qui correspond à une symbolique universelle était très répandu. Cette « Déesse Mère » était une déesse très complexe qui représentait les aléas de la nature (sécheresse, famine, orages ...) aussi bien que les moissons abondantes et les bonnes saisons. C’était surtout comme nous l’avons vu une déesse de la fécondité et de la vie. Elle représente donc à la fois le bien et le mal, la création et la destruction, la lumière et l’obscurité.

L’arrivée du Christianisme qui se développe rapidement autour de la Méditerranée va se propager en Gaule dès les premiers siècles (Irénée, Saint-Martin). Mais le Christianisme est une religion patriarcale (père et fils) et  tout en pratiquant le culte chrétien, les peuples continuent à vénérer les déesses Mères très présentes dans leur religion, car le Christianisme n’a pas fait disparaître le Druidisme bien implanté en Gaule.

Pour tenter d’harmoniser le christianisme avec les traditions locales, l’Eglise va introduire le culte de Marie (cf. le concile d’Ephèse 431). Mais cette introduction d’une Marie, mère de Dieu, plus classique, plus immaculée, plus chaste va se faire très lentement.


Jusqu’à Saint Bernard…

Bernard de Clairvaux est un fervent admirateur de la Vierge qu’il vénère « plus oultre ne peut ». Il considère la Vierge Marie comme le lien entre le sensible et le divin. Le passage obligé pour joindre les lois terrestres aux lois célestes.

Durant le Moyen âge, et sous son impulsion, le culte marital va prendre des proportions extraordinaires, qu’on y songe : pas moins de 80 cathédrales, environ 500 églises et quelques milliers d’églises paroissiales…(sans compter les pélerinages)  en 3 siècles seulement la France a charrié plus de pierres que l’ancienne Egypte en n’importe quelle période de son histoire !!!

vierge_noire


La couleur noire de ces statues intrigue fortement :

- Certains ne voient dans l’assombrissement de leur carnation que les effets du temps : altération naturelle des matériaux qui les composent ou exposition à la fumée des cierges et de l’encens, cette explication ne tient pas beaucoup, car tout le statuaire chrétien finirait alors par s’assombrir lui aussi…

- D’autres affirment qu’elles ont été noircies volontairement ou exécutées en bois foncé pour traduire les paroles de la Fiancée du Cantique des Cantiques : Nigra sum, sed formosa (Je suis noire mais belle).

Ah le fameux Cantique des Cantiques… ! Rappelez vous de Saint Bernard et de sa passion pour ce passage de la Bible (il prononcera pas moins de 86 sermons sur ce texte attribué à …Salomon) mais si St Bernard est bien celui par lequel le culte marital va prendre tout son essor, n’oublions pas que ce culte est bien plus ancien que le christianisme.

- Difficile de ne pas y voir aussi une allégorie alchimique…

Le XI ème siècle fut un siècle initiatique à n’en point douter.


Cette civilisation est issue d’un effort conscient de différents hommes, qui l’ont conduite à son apogée. Une petite élite connaissait les secrets qui lui ont permis de faire progresser la culture de ce temps.

L’art du Moyen-âge est une écriture sacrée dont tout artiste doit apprendre les éléments…

Il nous montre une chose, et nous invite à en voir une autre. L’art pour l’art n’existe pas. L’art sacré est avant tout « utilitaire et pédagogique, que celui qui a des yeux pour voir… ». 

De tout temps la couleur noire a représenté « La Terre » donnant une idée générale de fécondité, de maternité. (Aucune terre n’est plus féconde que celle provenant de la décomposition de végétaux, c’est à dire une terre d’aspect noir).


La couleur noire a donc une double signification : elle représente la terre sous ses deux aspects, l’un triste et destructeur, l’autre bienfaisant et fécondant, montrant le triomphe de la vie sur le néant.
Tout cela nous amène au noir alchimique : couleur de la terre primitive qui donne la vie et la mort : on passe de l’état profane à une nouvelle vie.

Dans les opérations alchimiques, en effet, la matière première (materiae prima) se transforme en se colorant de diverses façons. Trois couleurs dominent... oeuvre au noir, oeuvre au blanc et oeuvre au rouge. Le bleu nuit est assimilé au noir (putréfaction), le blanc, phase suivante (purification) et le rouge (rubification, action du feu secret). A la couleur dorée correspond la transmutation des métaux vulgaires en or (symbole de la perfection initiatique).


Et l’on retrouve de nombreuses références alchimiques dans les Cathédrales :
On y trouve souvent trois rosaces, une à chaque extrémité du transept, et la troisième, la plus importante, ornant la façade du grand porche. Les églises étant la plupart du temps « orientées » elles se « révèlent » au soleil.

Ainsi, comme dans les couleurs des vêtements des Vierges noires, on retrouve les couleurs successives du grand œuvre : première rosace au nord (le noir, sans soleil), deuxième au sud (le blanc étincelant de lumière) et troisième au soleil couchant (le rouge)…

Ainsi est-il raisonnable d’envisager une Triple explication aux Vierges noires du Moyen-âge :

- D’une part une survivance de cultes païens y compris d’origine orientale.

- D’autre part l’expression concomitante de la tradition celte.

- Enfin une référence à peine voilée, des artistes (initiés) du Moyen-âge à l’art alchimique.


Et tout le génie de Saint Bernard va s’exprimer en inventant l’expression Notre Dame !

Sous cette appellation inconnue jusqu’alors, tous ces cultes d’origines diverses vont se retrouver « rangés », fédérés si je puis m’exprimer ainsi, pour pouvoir cohabiter et se fondre dans le culte de la Vierge Marie.

La Vierge Marie prend dès lors la place qu’elle mérite, Saint Bernard étant le premier à la lui donner. Tous les monastères cisterciens sont dédiés à Notre-Dame, toutes les cathédrales gothiques sont consacrées à Notre-Dame, les ordres cisterciens et templiers sont voués à la Vierge...

Les caractéristiques :

Tout d’abord, il faut bien savoir que les Vierges noires authentiques ne sont plus très nombreuses : à peine une quarantaine, pour celles qui sont parvenues jusqu’à nous.

Elles ont toujours treize caractéristiques communes :

dimensions_vierge_noire1 - Elles sont réalisées aux XII ème et XIII ème siècles

C’est-à-dire à l’apogée de la civilisation du haut Moyen-âge.


2 - Elles sont toujours représentées en majesté

La vierge est assise en une pose aristocratique et princière, mais son siège n’est qu’une cathèdre (siège assez sobre, sans dossier ou avec un dossier court)
Dans les représentations antiques, Isis était-elle aussi assise sur ce genre de siège. Les grandes églises de l’époque sont appelées cathédrales depuis la même étymologie (latin: cathedra = siège) et de plus, sont des cathédrales « Notre-Dame »...


3 - Le visage ne reflète aucune tendresse, ni compassion

Il est noble, souverain, hiératique...


4 - Le visage de Jésus est moins soigné

Comme si le plus important était la représentation de la mère...


5 - Les vêtements sont bleu, blanc, rouge avec des garnitures dorées

Ne pas oublier comme nous l’avons vu que pour les artisans du Moyen-Âge, les couleurs ne sont pas choisies au hasard, chacune ayant un impact symbolique.

De nombreux autres symboles alchimiques sont liés aux vierges noires, comme le « lait de la vierge » (eau mercurielle) et nous retrouvons là encore Saint Bernard avec l’allégorie de la lactation (il but du sein d’une vierge noire trois gouttes de lait).

Souvent la robe de la vierge est décorée de losanges formant un réseau de mailles de filet. Lors de la phase « coagula », la matière prend la forme d’une pâte feuilletée sur la surface de laquelle apparaît un quadrillage en forme de losanges…


6 - Elles ont toutes les mêmes dimensions

Les différences étant dues à des détails comme la hauteur de la coiffe ou du socle.
70 cm de haut, 30cm de large et 30cm de profondeur à la base.
La statue est donc réalisée dans une proportion de 7 à 3, deux des nombres chargés d’une signification particulièrement sacrée pour les anciens.
3 évoque les diverses trinités : triades druidiques et templières, les 3 aspects de la matière, tandis que le 7, autre nombre premier, correspond par exemple à la durée de la création, les merveilles du monde, le trivium et quadrivium enseignés dans les abbayes.

Souvent les mains sont démesurées. La main a toujours été magique car elle représente le 5 qui est le milieu dans la série de 1 à 10. Il est l’union des inégaux, la somme du 3 qui est le principe masculin et du 2, principe féminin. La main marque donc la réconciliation entre ces deux principes contraires et complémentaires. Il est aussi le symbole de la quintessence.

Dans les anciens récits sacrés de l’humanité, tout, dans l’univers, naissait de la rencontre d’un principe masculin et d’un féminin. Ainsi la terre vierge fût fécondée par les rayons du soleil et c’est grâce à cette action bienfaisante qu’elle a pu donner la vie. Dès lors, les anciens ont fait de la terre, la grande déesse, la représentation symbolique du grand principe féminin, et du soleil, le principe masculin. C’est pourquoi dans toutes les religions où l’on vénère une déesse terre, un culte solaire est toujours associé.
Dans le cas des vierges noires, cette présence solaire apparaît parfois de manière indirecte et subtile : par exemple, la vierge se trouve directement placée dans un lieu autrefois consacré à Belem (équivalent celtique d’Apollon). Ou bien la présence d’un taureau dans la légende de la découverte miraculeuse de la statue. Le taureau est l’animal viril et solaire par excellence. Parfois il est remplacé par d’autres animaux ayant cependant la même valeur symbolique (cerf, lion...). Même indication solaire qui a attribué la fabrication de certaines statues de la Vierge noire à saint Luc (emblème : le taureau...)


Petit aparté concernant les dimensions:

Les signes en bas du dessin représentent le symbole de la connaissance regroupée. (rehchrismon) alpha et oméga (observation des étoiles et du soleil) et l'étoile pentagonale.
Tout est proportionné dans la statue à deux et trois largeurs de doigts comme l'indique les mains sculptées de la vierge et de l'enfant. La tête en forme d'œuf de l'enfant confirme qu'il était le signe solaire de ce temps.
Par sa main droite, la vierge fait le signe de la chose cachée. Elle dit le secret du tracé dont la ligne essentielle doit passer par le pouce et l’index, montrant qu’il faudra attendre, pour qu'elle parle grâce à son fils, le moment où une étoile indiquera qu'elle, la vierge Marie, est bien la mère de la terre, capable de s'animer de la vie solaire pour retransmettre ses grâces.


7 - Le lieu où elles étaient placées était connu depuis l’antiquité

On y célébrait la terre mère (proximité d’une source, d’un puits, d’un arbre sacré ou d’une pierre dressée). Ce sont des lieux bénis par la nature, où l’homme, averti par la science "magique" de ses initiés, va se rendre pour y recevoir des bienfaits tant physiques que spirituels.

Ces lieux sont toujours placés sur des veines de courants telluriques que l’homme moderne démontrera scientifiquement plus tard… Ces forces peuvent s’associer aux courants hydrographiques. Le tracé de ces lignes sur la carte de France reproduit un quadrillage de lignes qui s’entrecroisent, répétant l’implantation des vierges noires. (En terre gauloise et en Galice, on retrouvera deux caps : Finistère et Finisterre, marquant la fin de deux veines telluriques soulignées (j’allais mettre soignées...) par l’implantation de menhirs et de dolmens)
Souvent, l'énergie cosmique est aussi au rendez-vous... Dans nos églises romanes et gothiques, le croisement des deux courants, l'un capté par le puits et l'autre par le clocher, se rencontrent à l'emplacement de l'autel.

Un lieu sacré, avant d'être utilisé par l'homme, fonctionne à l'état naturel comme point d'échange entre des forces du ciel et de la terre. Les rituels humains ne font que renforcer le processus et le mettre à la disposition des vivants. Le lieu peut se passer de l'homme et de l'appareil, le temple ne peut se passer du lieu, ni des hommes pour son entretien. Les hommes peuvent utiliser le lieu en se passant de l'appareil. Ils peuvent se passer de l'un et de l'autre à partir d'un certain stade d'évolution. La conjonction des trois permet parfois des miracles. (Lesquels n'existent pas, étant les reflets de lois naturelles intelligemment mises en œuvre).


8 - Un élément oriental est associé à chaque vierge noire

Elles ont souvent un style oriental ou byzantin, les légendes revêtent aussi souvent cet aspect oriental : statues sculptées en orient par un prophète ou par saint Luc (symbole de l’évangéliste : le taureau), offertes en hommage à un croisé ou à saint Louis par quelque soudard d’Egypte. On retrouve là une dimension qui s’ajoute à l’apport Celte et Chrétien.


9 - La vierge noire est un lieu important de pèlerinage au moyen-âge.
Les pèlerinages suivent les veines telluriques (reprenant souvent le sens des plissements montagneux et des failles).

L'homme suivait ces lignes de force qui agissaient sur lui comme un déterminisme, laissant à chaque sanctuaire un témoignage de sa foi, une marque de son savoir et de son faire. C'est la contribution aux premières réalisations architecturales. Souvent la route se faisait pieds nus pour mieux capter les énergies particulières.


10 - Dans l’histoire de leurs sanctuaires, on retrouve toujours la présence d’abbayes bénédictines, cisterciennes ou templières.
Il apparaît donc, une certaine protection initiatique entourant la statue. Ce qui confirme que les bénédictins, cisterciens et templiers étaient bien les continuateurs éclairés des druides dont la science naturaliste avait été retrouvée, comprise et pratiquée. Son symbolisme d’initiation explique aussi la vénération de saint Bernard.

11 - Malgré les mutilations et les restaurations, les édifices dans lesquels elles se trouvaient au Moyen-âge, lorsqu’ils subsistent, conservent des signes et des indices à caractère ésotérique et initiatique.

12 - Les miracles, ceux de leurs origines ou ceux qu’elles opèrent, sont concordants

Les moines au Moyen-âge, en répandant ces récits extraordinaires, n’ont même pas cherché la vraisemblance.

Leur but n’était pas de prouver des miracles pour l’édification des fidèles, il était de greffer sur le culte un environnement légendaire complétant l’explication ésotérique du sens caché de la statue.
Les miracles révèlent une fois de plus deux ordres de choses :

- d’une part la vierge noire, au delà de la Marie chrétienne, est orientale et celtique.

- d’autre part, oeuvre d’adeptes, elle représente le cheminement de l’initiation et les étapes du grand oeuvre alchimique. Les deux sens de ces récits souvent se complètent et se confondent.
Les anciens textes contenant les mythes qui traduisent l’acquisition de la connaissance font tous état d'une « traversée », d’un long et difficile voyage maritime (Ulysse, Jason...). L’alchimiste, utilisant la voie rapide, dite voie humide, appellera aussi traversée l’ensemble des opérations auxquelles il procèdera (vierges noires protectrices des marins, même si le sanctuaire est placé en haut d’une montagne...).


13 - Leurs rituels présentent d’étranges similitudes

Plusieurs éléments échappent à toute explication religieuse catholique traditionnelle comme des offrandes de roues* de cire, dépôts processionnels sur une pierre hors l’église, utilisation du vin, cierges de couleur verte...

A noter : Jusqu’au XVIIIe siècle, les pèlerins qui se rendaient à Chartres observaient un rite mystérieux qui n’avait rien de chrétien :
Après avoir prié dans l’abbaye et entendu la messe, ils descendaient, par un passage situé au nord de l’église, dans une crypte souterraine. Là, ils adoraient en silence une statue d’ébène, « Notre Dame de Sous Terre ». Celle-ci était une femme assise qui tenait un enfant dans ses bras.
La tête de la statue était couronnée et, à ses pieds, on pouvait lire l’inscription latine : Virgini pariturae (La Vierge devant enfanter).
Détruite sous la Révolution, cette statue de la Vierge noire sera refaite au XIXe siècle et, depuis, elle est vénérée sous le nom de « Vierge au pilier ».
On sait également que, depuis toujours, une Vierge a été vénérée sur le site de Chartres et que le fameux puit a probablement été creusé par les anciens Celtes, ou bien par ceux qui les ont précédés…

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En conclusion

Les vierges noires sont issues de trois sources : celtique, orientale et monastique. Mais elles ne sont qu'une des manifestations limitées dans le temps et localisée dans une aire géographique déterminée, d'un phénomène spirituel beaucoup plus vaste.

De toutes les civilisations et de toutes les grandes religions ayant du sacré la même idée et la même vision, celles qui ont vénéré à la fois la déesse-terre et le soleil ont toujours abouti, sous des formes variées à des figurations noires comparables aux vierges noires et riches en profondeur du même impact symbolique : grecs, romains, hindous ou égyptiens, indiens précolombiens, musulmans intégrant dans leur sanctuaire le plus sacré la pierre noire, gitans instaurant au pays du soleil de la mer et des taureaux le culte de Sara.

Car la grande tradition sacrée de l'humanité n'a connu de particularités régionales que dans ses formes les plus extérieures. Mais bien au-delà de ces nuances et de ces détails, ceux qui, partout et depuis la nuit des temps, savaient ou s'efforçaient de savoir, se reconnaissaient, toujours réunis, dans le langage des symboles, par une vision unique et universelle.

Tout ceci n'est qu'un petit aperçu de la richesse des symboles que l'on peut trouver en étudiant les vierges noires.


* concernant la roue

De tout temps, pour célébrer le sacré, les civilisations ont connu soit des réunions en cercle, soit des rondes autour d'un feu, d'un arbre, d'une source, d'une statue. Les druides ont pratiqué ces rondes, les évêques aussi (je crois qu'ils l'ont un peu oublié...) et tout le monde connaît les rondes de la saint Jean... Le rond, le cercle, la roue ont donc une valeur sacrée bien spéciale...
Dans les représentations hindoues égyptiennes ou grecques, c'est le serpent qui est disposé en cercle et qui signifie ainsi la vie universelle dont l'agent magique, l'agent moteur, est la lumière; c'est le serpent enroulé qui est au Moyen-âge appelé ouroboros et, comme la circonférence entourant les croix hermétiques, il représente pour les alchimistes, l'unité de la matière et en même temps le fluide universel ou la rénovation perpétuelle de la nature.
Ce n'est pas le cercle en soi qui a une profonde signification sacrée, c'est le cercle en mouvement, c'est la ronde ou la roue...
Pour les initiés extrême-orientaux, la fleur de lotus en rotation marque la connaissance suprême et Bouddha est représenté dans les temples avec à ses côtés des roues, fleurs de lotus stylisées. Au Moyen-âge, en Europe, il en est de même avec les rosaces censées représenter le mouvement circulaire de la rose emblématique des initiés. C'est pourquoi la grande rosace des cathédrales est appelée à l'origine "rota", la roue.

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20 août 2007

Notre Dame

Notre Dame

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Notre Dame de Chartres

S’il est impossible de ne pas remarquer que les pensées et les prières des Templiers étaient avant tout destinés à la Vierge, (La Sainte Patronne de l’Ordre) il est extrêmement difficile de ne pas établir un lien entre Notre Dame et le gothique. Et si l’art roman fut bénédictin, l’art gothique lui, fut cistercien !

La Vierge Marie est la mère de Jésus, mais est-ce une raison suffisante pour expliquer une telle vénération quasi fusionnelle ? Si le peuple du Moyen-âge semble s’en être contenté, ce ne fut certainement pas le cas des Templiers… Ils connaissaient le culte de la Vierge Noire, la Déesse Mère, Déesse de la terre. Ils connaissaient aussi Marie Madeleine...

Aussi, la vénération des Templiers envers "Leur Dame" n’était pas du à une piété simple et aveugle.

In principio erat verbum… Au commencement était le Verbe… (Évangile de St Jean) qui précisera plus tard : (19, 26-27) : « Voyant ainsi sa mère et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère « Femme, voici ton fils ». Il dit ensuite au disciple : « voici ta mère… » L’apôtre nous montre là que Jésus confia sa mère au disciple qui ne pouvait être que le plus accompli et le plus initié d’entre tous…

La Vierge Marie, nous l’avons vu avec le culte des Vierges Noires a peinée pour s’implanter dans le christianisme jusqu’au XI è siècle.

Zélateur incontesté du culte marial, (tous les historiens s’accordent à le reconnaître) St Bernard va favoriser le culte de la Vierge.

Certes, mais de quelle Vierge ?

- « Il ne convient pas que l’épouse du Verbe soit stupide… » Dit Saint Bernard !

Par cette affirmation à peine voilée, Saint Bernard l’initié, nous montre qu’il accédait à d’autres connaissances que celles véhiculées au niveau du vulgaire ! N’a-t-il pas en combattu avec véhémence la notion de l’Immaculée Conception ?

Comment faire coïncider sa dévotion au culte de la Vierge sans rien renier de son initiation celtique ?

Dans un trait de génie, ou une inspiration divine…, il va inventer l’expression : Notre Dame !

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Ainsi, le culte de la Vierge Marie habilement rebaptisée Notre Dame va pouvoir se développer dans l’ensemble de la chrétienté, sans que celle-ci ne soupçonne un seul instant que Notre Dame, pour les initiés, désigne en fait la Déesse - Mère d'une part et que d'autre part il n'est pas interdit de penser que derrière Notre Dame soit cachée Marie de Magdala …

L’Ordre du Temple est bien évidemment placé sous la protection de Notre Dame et toutes les Cathédrales construites grâce aux Templiers et qui seront certes dédiées à la Vierge Marie, s’appellent toutes Notre Dame… !


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Notre Dame de Paris


Saint Bernard n’ignore rien de l’histoire de l’église catholique romaine : celle de Pierre.

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église » a dit Jésus.

Sachant que ce dernier le renierait par trois fois, il ne pouvait lui confier que l’aspect matériel de cette mission, l’église des hommes et de leurs faiblesses.

C’est à Jean qu’il a confié sa Mère et les mystères de l’église spirituelle.

Et s’ils vont se mettre au service de l’église de Pierre, et de son représentant le Pape, c’est en réalité l’église secrète de Jean, (celle de Melkisédecq*1 et des initiés) le disciple bien-aimé, l’initié, dont les Templiers vont être les serviteurs zélés… Par l’entremise de Notre Dame que Saint Bernard a toujours considéré comme la médiatrice, l’intermédiaire, le lien entre le sensible et le divin. Le passage obligé pour joindre les lois terrestres aux lois célestes.

Et comment joindre le terrestre au céleste, si ce n’est dans ces extraordinaires constructions, véritables condensés d’ésotérisme et d’alchimie que sont les cathédrales gothiques*2 ?

« La cathédrale est une œuvre totale… l’abrégé le plus savant de la science hermétique »

(Victor Hugo)


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Notre Dame de Laon

Nous avons vu précédemment que la véritable explosion de l’art gothique se situe dès le XI è siècle, des dizaines de cathédrales vont alors surgir de terre, (financées en grande partie par les Templiers) et vont s’ériger majestueusement sur…d’anciens lieux de cultes celtiques et préceltiques pour leur immense majorité !

Parmi toutes les cathédrales :
Amiens – Bayeux – Chartres*3 – Coutances – Evreux – Laon – Noyon – Paris – Reims – Rouen – Senlis, présentent un intérêt particulier… en dehors du fait d’être des « Notre Dame »

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Elles représentent de façon stylisée la constellation de la Vierge ...!

Et à ceux qui rétorqueraient qu’il n’y a pas de notion d’ésotérisme chez les Templier, ni dans leur histoire ni dans les textes d’archives, je ne saurais trop leur recommander d’oser se poser les bonnes questions, et d’ouvrir enfin les yeux.
A vouloir ne traiter que le contexte purement militaire et historique de la milice, on réduit les Templiers à des moines soldats (ce qui est déjà extraordinaire en soi), et on ne peut que passer à côté de leur dimension spirituelle, et de l’héritage grandiose qu’ils nous ont laissé…

Pri_re


*1
: Melkisédecq (Gn 16-17) personnage énigmatique (et pour cause… !) qui apparaît dans la Bible dès la genèse pour n’y réapparaître que de très rares fois.

Melkisédecq, Roi de Salem, qui fournit le pain et le vin… Prêtre du « Très Haut » à qui Abraham en personne donne la dîme de tout ! Et ce, bien sur, bien avant la naissance de Jésus… Mais nous y reviendrons… plus tard !

*2 : le gothique : article en préparation

*3 : nous reviendrons plus tard sur ce bijou d’hermétisme et d’alchimie qu’est la Cathédrale de Chartres.

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