Les Vierges Noires

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« Je suis La Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type uniforme des Dieux et des Déesses. C’est moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l’océan, le silence lugubre des enfers. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous plusieurs formes, avec des cérémonies diverses, avec mille noms différents.
Les phrygiens, premiers nés sur terre, m’appellent la déesse-mère de Pessinonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Cécropienne ; chez les habitants de l’île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois armés de l’arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine la Strygienne ; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès. Les uns m’appellent Junon, d’autres Bellone; ceux-ci Hécate, ceux-là la déesse Ramonte. Mais ceux qui, les premiers, sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples d’Ethiopie, de l’Asie et les Egyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la reine Isis."

Apulée « Métamorphoses XI »


Et si Apulée n’avait pas vécu au II ème siècle avant notre ère, il aurait pu rajouter « et les chrétiens me nomment la vierge Marie... »

Les Vierges Noires sont l’objet d’une dévotion toute particulière.

On leur prête depuis toujours, des pouvoirs miraculeux et ces statues sont devenues des objets de légendes, transmises de siècle en siècle par la tradition orale.

Elles sont par excellence le symbole de la fécondité, source de vie humaine et fertilité des terres, et leur couleur noire intrigue bien des gens…

On en trouve dans toute la chrétienté d’Occident excepté dans les pays où s’affirme la tradition orientale de l’icône ainsi qu’en Europe de l’Est. Des sanctuaires renommés lui sont dédiés tels que Montserrat en Catalogne ou Notre-Dame de l’Aparecida au Brésil. Particulièrement fréquentes en France, leur culte est attesté tout particulièrement en Auvergne et dans tout le Massif Central.

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Origine :

Nous savons que la statue d’Isis assise avec son fils, était noire, Artémis d’Ephèse l’était également. Ces Déesses comme celles des Phéniciens avaient pénétré l’Europe de l’Ouest très tôt. La religion romaine après la conquête de la Grèce a tout simplement adopté la mythologie du pays (Zeus = Jupiter). Quand à la religion chrétienne, elle s’est petit à petit adaptée aux traditions locales. Toutes les religions méditerranéennes antérieures au Christianisme adoraient déjà des divinités féminines, Marie a donc hérité de toutes ces divinités détrônées.


Les tribus celtes du pays gaulois adoraient le dieu Bélem dont la soeur et l’épouse était Bélisama… la Vierge noire, la brillante, la grande Reine, on remarque d’ailleurs une parenté d’attitude entre la Déesse mère celtique et les Vierges noires.

Ce culte de la « Déesse mère » ou de la Déesse terre » qui correspond à une symbolique universelle était très répandu. Cette « Déesse Mère » était une déesse très complexe qui représentait les aléas de la nature (sécheresse, famine, orages ...) aussi bien que les moissons abondantes et les bonnes saisons. C’était surtout comme nous l’avons vu une déesse de la fécondité et de la vie. Elle représente donc à la fois le bien et le mal, la création et la destruction, la lumière et l’obscurité.

L’arrivée du Christianisme qui se développe rapidement autour de la Méditerranée va se propager en Gaule dès les premiers siècles (Irénée, Saint-Martin). Mais le Christianisme est une religion patriarcale (père et fils) et  tout en pratiquant le culte chrétien, les peuples continuent à vénérer les déesses Mères très présentes dans leur religion, car le Christianisme n’a pas fait disparaître le Druidisme bien implanté en Gaule.

Pour tenter d’harmoniser le christianisme avec les traditions locales, l’Eglise va introduire le culte de Marie (cf. le concile d’Ephèse 431). Mais cette introduction d’une Marie, mère de Dieu, plus classique, plus immaculée, plus chaste va se faire très lentement.


Jusqu’à Saint Bernard…

Bernard de Clairvaux est un fervent admirateur de la Vierge qu’il vénère « plus oultre ne peut ». Il considère la Vierge Marie comme le lien entre le sensible et le divin. Le passage obligé pour joindre les lois terrestres aux lois célestes.

Durant le Moyen âge, et sous son impulsion, le culte marital va prendre des proportions extraordinaires, qu’on y songe : pas moins de 80 cathédrales, environ 500 églises et quelques milliers d’églises paroissiales…(sans compter les pélerinages)  en 3 siècles seulement la France a charrié plus de pierres que l’ancienne Egypte en n’importe quelle période de son histoire !!!

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La couleur noire de ces statues intrigue fortement :

- Certains ne voient dans l’assombrissement de leur carnation que les effets du temps : altération naturelle des matériaux qui les composent ou exposition à la fumée des cierges et de l’encens, cette explication ne tient pas beaucoup, car tout le statuaire chrétien finirait alors par s’assombrir lui aussi…

- D’autres affirment qu’elles ont été noircies volontairement ou exécutées en bois foncé pour traduire les paroles de la Fiancée du Cantique des Cantiques : Nigra sum, sed formosa (Je suis noire mais belle).

Ah le fameux Cantique des Cantiques… ! Rappelez vous de Saint Bernard et de sa passion pour ce passage de la Bible (il prononcera pas moins de 86 sermons sur ce texte attribué à …Salomon) mais si St Bernard est bien celui par lequel le culte marital va prendre tout son essor, n’oublions pas que ce culte est bien plus ancien que le christianisme.

- Difficile de ne pas y voir aussi une allégorie alchimique…

Le XI ème siècle fut un siècle initiatique à n’en point douter.


Cette civilisation est issue d’un effort conscient de différents hommes, qui l’ont conduite à son apogée. Une petite élite connaissait les secrets qui lui ont permis de faire progresser la culture de ce temps.

L’art du Moyen-âge est une écriture sacrée dont tout artiste doit apprendre les éléments…

Il nous montre une chose, et nous invite à en voir une autre. L’art pour l’art n’existe pas. L’art sacré est avant tout « utilitaire et pédagogique, que celui qui a des yeux pour voir… ». 

De tout temps la couleur noire a représenté « La Terre » donnant une idée générale de fécondité, de maternité. (Aucune terre n’est plus féconde que celle provenant de la décomposition de végétaux, c’est à dire une terre d’aspect noir).


La couleur noire a donc une double signification : elle représente la terre sous ses deux aspects, l’un triste et destructeur, l’autre bienfaisant et fécondant, montrant le triomphe de la vie sur le néant.
Tout cela nous amène au noir alchimique : couleur de la terre primitive qui donne la vie et la mort : on passe de l’état profane à une nouvelle vie.

Dans les opérations alchimiques, en effet, la matière première (materiae prima) se transforme en se colorant de diverses façons. Trois couleurs dominent... oeuvre au noir, oeuvre au blanc et oeuvre au rouge. Le bleu nuit est assimilé au noir (putréfaction), le blanc, phase suivante (purification) et le rouge (rubification, action du feu secret). A la couleur dorée correspond la transmutation des métaux vulgaires en or (symbole de la perfection initiatique).


Et l’on retrouve de nombreuses références alchimiques dans les Cathédrales :
On y trouve souvent trois rosaces, une à chaque extrémité du transept, et la troisième, la plus importante, ornant la façade du grand porche. Les églises étant la plupart du temps « orientées » elles se « révèlent » au soleil.

Ainsi, comme dans les couleurs des vêtements des Vierges noires, on retrouve les couleurs successives du grand œuvre : première rosace au nord (le noir, sans soleil), deuxième au sud (le blanc étincelant de lumière) et troisième au soleil couchant (le rouge)…

Ainsi est-il raisonnable d’envisager une Triple explication aux Vierges noires du Moyen-âge :

- D’une part une survivance de cultes païens y compris d’origine orientale.

- D’autre part l’expression concomitante de la tradition celte.

- Enfin une référence à peine voilée, des artistes (initiés) du Moyen-âge à l’art alchimique.


Et tout le génie de Saint Bernard va s’exprimer en inventant l’expression Notre Dame !

Sous cette appellation inconnue jusqu’alors, tous ces cultes d’origines diverses vont se retrouver « rangés », fédérés si je puis m’exprimer ainsi, pour pouvoir cohabiter et se fondre dans le culte de la Vierge Marie.

La Vierge Marie prend dès lors la place qu’elle mérite, Saint Bernard étant le premier à la lui donner. Tous les monastères cisterciens sont dédiés à Notre-Dame, toutes les cathédrales gothiques sont consacrées à Notre-Dame, les ordres cisterciens et templiers sont voués à la Vierge...

Les caractéristiques :

Tout d’abord, il faut bien savoir que les Vierges noires authentiques ne sont plus très nombreuses : à peine une quarantaine, pour celles qui sont parvenues jusqu’à nous.

Elles ont toujours treize caractéristiques communes :

dimensions_vierge_noire1 - Elles sont réalisées aux XII ème et XIII ème siècles

C’est-à-dire à l’apogée de la civilisation du haut Moyen-âge.


2 - Elles sont toujours représentées en majesté

La vierge est assise en une pose aristocratique et princière, mais son siège n’est qu’une cathèdre (siège assez sobre, sans dossier ou avec un dossier court)
Dans les représentations antiques, Isis était-elle aussi assise sur ce genre de siège. Les grandes églises de l’époque sont appelées cathédrales depuis la même étymologie (latin: cathedra = siège) et de plus, sont des cathédrales « Notre-Dame »...


3 - Le visage ne reflète aucune tendresse, ni compassion

Il est noble, souverain, hiératique...


4 - Le visage de Jésus est moins soigné

Comme si le plus important était la représentation de la mère...


5 - Les vêtements sont bleu, blanc, rouge avec des garnitures dorées

Ne pas oublier comme nous l’avons vu que pour les artisans du Moyen-Âge, les couleurs ne sont pas choisies au hasard, chacune ayant un impact symbolique.

De nombreux autres symboles alchimiques sont liés aux vierges noires, comme le « lait de la vierge » (eau mercurielle) et nous retrouvons là encore Saint Bernard avec l’allégorie de la lactation (il but du sein d’une vierge noire trois gouttes de lait).

Souvent la robe de la vierge est décorée de losanges formant un réseau de mailles de filet. Lors de la phase « coagula », la matière prend la forme d’une pâte feuilletée sur la surface de laquelle apparaît un quadrillage en forme de losanges…


6 - Elles ont toutes les mêmes dimensions

Les différences étant dues à des détails comme la hauteur de la coiffe ou du socle.
70 cm de haut, 30cm de large et 30cm de profondeur à la base.
La statue est donc réalisée dans une proportion de 7 à 3, deux des nombres chargés d’une signification particulièrement sacrée pour les anciens.
3 évoque les diverses trinités : triades druidiques et templières, les 3 aspects de la matière, tandis que le 7, autre nombre premier, correspond par exemple à la durée de la création, les merveilles du monde, le trivium et quadrivium enseignés dans les abbayes.

Souvent les mains sont démesurées. La main a toujours été magique car elle représente le 5 qui est le milieu dans la série de 1 à 10. Il est l’union des inégaux, la somme du 3 qui est le principe masculin et du 2, principe féminin. La main marque donc la réconciliation entre ces deux principes contraires et complémentaires. Il est aussi le symbole de la quintessence.

Dans les anciens récits sacrés de l’humanité, tout, dans l’univers, naissait de la rencontre d’un principe masculin et d’un féminin. Ainsi la terre vierge fût fécondée par les rayons du soleil et c’est grâce à cette action bienfaisante qu’elle a pu donner la vie. Dès lors, les anciens ont fait de la terre, la grande déesse, la représentation symbolique du grand principe féminin, et du soleil, le principe masculin. C’est pourquoi dans toutes les religions où l’on vénère une déesse terre, un culte solaire est toujours associé.
Dans le cas des vierges noires, cette présence solaire apparaît parfois de manière indirecte et subtile : par exemple, la vierge se trouve directement placée dans un lieu autrefois consacré à Belem (équivalent celtique d’Apollon). Ou bien la présence d’un taureau dans la légende de la découverte miraculeuse de la statue. Le taureau est l’animal viril et solaire par excellence. Parfois il est remplacé par d’autres animaux ayant cependant la même valeur symbolique (cerf, lion...). Même indication solaire qui a attribué la fabrication de certaines statues de la Vierge noire à saint Luc (emblème : le taureau...)


Petit aparté concernant les dimensions:

Les signes en bas du dessin représentent le symbole de la connaissance regroupée. (rehchrismon) alpha et oméga (observation des étoiles et du soleil) et l'étoile pentagonale.
Tout est proportionné dans la statue à deux et trois largeurs de doigts comme l'indique les mains sculptées de la vierge et de l'enfant. La tête en forme d'œuf de l'enfant confirme qu'il était le signe solaire de ce temps.
Par sa main droite, la vierge fait le signe de la chose cachée. Elle dit le secret du tracé dont la ligne essentielle doit passer par le pouce et l’index, montrant qu’il faudra attendre, pour qu'elle parle grâce à son fils, le moment où une étoile indiquera qu'elle, la vierge Marie, est bien la mère de la terre, capable de s'animer de la vie solaire pour retransmettre ses grâces.


7 - Le lieu où elles étaient placées était connu depuis l’antiquité

On y célébrait la terre mère (proximité d’une source, d’un puits, d’un arbre sacré ou d’une pierre dressée). Ce sont des lieux bénis par la nature, où l’homme, averti par la science "magique" de ses initiés, va se rendre pour y recevoir des bienfaits tant physiques que spirituels.

Ces lieux sont toujours placés sur des veines de courants telluriques que l’homme moderne démontrera scientifiquement plus tard… Ces forces peuvent s’associer aux courants hydrographiques. Le tracé de ces lignes sur la carte de France reproduit un quadrillage de lignes qui s’entrecroisent, répétant l’implantation des vierges noires. (En terre gauloise et en Galice, on retrouvera deux caps : Finistère et Finisterre, marquant la fin de deux veines telluriques soulignées (j’allais mettre soignées...) par l’implantation de menhirs et de dolmens)
Souvent, l'énergie cosmique est aussi au rendez-vous... Dans nos églises romanes et gothiques, le croisement des deux courants, l'un capté par le puits et l'autre par le clocher, se rencontrent à l'emplacement de l'autel.

Un lieu sacré, avant d'être utilisé par l'homme, fonctionne à l'état naturel comme point d'échange entre des forces du ciel et de la terre. Les rituels humains ne font que renforcer le processus et le mettre à la disposition des vivants. Le lieu peut se passer de l'homme et de l'appareil, le temple ne peut se passer du lieu, ni des hommes pour son entretien. Les hommes peuvent utiliser le lieu en se passant de l'appareil. Ils peuvent se passer de l'un et de l'autre à partir d'un certain stade d'évolution. La conjonction des trois permet parfois des miracles. (Lesquels n'existent pas, étant les reflets de lois naturelles intelligemment mises en œuvre).


8 - Un élément oriental est associé à chaque vierge noire

Elles ont souvent un style oriental ou byzantin, les légendes revêtent aussi souvent cet aspect oriental : statues sculptées en orient par un prophète ou par saint Luc (symbole de l’évangéliste : le taureau), offertes en hommage à un croisé ou à saint Louis par quelque soudard d’Egypte. On retrouve là une dimension qui s’ajoute à l’apport Celte et Chrétien.


9 - La vierge noire est un lieu important de pèlerinage au moyen-âge.
Les pèlerinages suivent les veines telluriques (reprenant souvent le sens des plissements montagneux et des failles).

L'homme suivait ces lignes de force qui agissaient sur lui comme un déterminisme, laissant à chaque sanctuaire un témoignage de sa foi, une marque de son savoir et de son faire. C'est la contribution aux premières réalisations architecturales. Souvent la route se faisait pieds nus pour mieux capter les énergies particulières.


10 - Dans l’histoire de leurs sanctuaires, on retrouve toujours la présence d’abbayes bénédictines, cisterciennes ou templières.
Il apparaît donc, une certaine protection initiatique entourant la statue. Ce qui confirme que les bénédictins, cisterciens et templiers étaient bien les continuateurs éclairés des druides dont la science naturaliste avait été retrouvée, comprise et pratiquée. Son symbolisme d’initiation explique aussi la vénération de saint Bernard.

11 - Malgré les mutilations et les restaurations, les édifices dans lesquels elles se trouvaient au Moyen-âge, lorsqu’ils subsistent, conservent des signes et des indices à caractère ésotérique et initiatique.

12 - Les miracles, ceux de leurs origines ou ceux qu’elles opèrent, sont concordants

Les moines au Moyen-âge, en répandant ces récits extraordinaires, n’ont même pas cherché la vraisemblance.

Leur but n’était pas de prouver des miracles pour l’édification des fidèles, il était de greffer sur le culte un environnement légendaire complétant l’explication ésotérique du sens caché de la statue.
Les miracles révèlent une fois de plus deux ordres de choses :

- d’une part la vierge noire, au delà de la Marie chrétienne, est orientale et celtique.

- d’autre part, oeuvre d’adeptes, elle représente le cheminement de l’initiation et les étapes du grand oeuvre alchimique. Les deux sens de ces récits souvent se complètent et se confondent.
Les anciens textes contenant les mythes qui traduisent l’acquisition de la connaissance font tous état d'une « traversée », d’un long et difficile voyage maritime (Ulysse, Jason...). L’alchimiste, utilisant la voie rapide, dite voie humide, appellera aussi traversée l’ensemble des opérations auxquelles il procèdera (vierges noires protectrices des marins, même si le sanctuaire est placé en haut d’une montagne...).


13 - Leurs rituels présentent d’étranges similitudes

Plusieurs éléments échappent à toute explication religieuse catholique traditionnelle comme des offrandes de roues* de cire, dépôts processionnels sur une pierre hors l’église, utilisation du vin, cierges de couleur verte...

A noter : Jusqu’au XVIIIe siècle, les pèlerins qui se rendaient à Chartres observaient un rite mystérieux qui n’avait rien de chrétien :
Après avoir prié dans l’abbaye et entendu la messe, ils descendaient, par un passage situé au nord de l’église, dans une crypte souterraine. Là, ils adoraient en silence une statue d’ébène, « Notre Dame de Sous Terre ». Celle-ci était une femme assise qui tenait un enfant dans ses bras.
La tête de la statue était couronnée et, à ses pieds, on pouvait lire l’inscription latine : Virgini pariturae (La Vierge devant enfanter).
Détruite sous la Révolution, cette statue de la Vierge noire sera refaite au XIXe siècle et, depuis, elle est vénérée sous le nom de « Vierge au pilier ».
On sait également que, depuis toujours, une Vierge a été vénérée sur le site de Chartres et que le fameux puit a probablement été creusé par les anciens Celtes, ou bien par ceux qui les ont précédés…

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En conclusion

Les vierges noires sont issues de trois sources : celtique, orientale et monastique. Mais elles ne sont qu'une des manifestations limitées dans le temps et localisée dans une aire géographique déterminée, d'un phénomène spirituel beaucoup plus vaste.

De toutes les civilisations et de toutes les grandes religions ayant du sacré la même idée et la même vision, celles qui ont vénéré à la fois la déesse-terre et le soleil ont toujours abouti, sous des formes variées à des figurations noires comparables aux vierges noires et riches en profondeur du même impact symbolique : grecs, romains, hindous ou égyptiens, indiens précolombiens, musulmans intégrant dans leur sanctuaire le plus sacré la pierre noire, gitans instaurant au pays du soleil de la mer et des taureaux le culte de Sara.

Car la grande tradition sacrée de l'humanité n'a connu de particularités régionales que dans ses formes les plus extérieures. Mais bien au-delà de ces nuances et de ces détails, ceux qui, partout et depuis la nuit des temps, savaient ou s'efforçaient de savoir, se reconnaissaient, toujours réunis, dans le langage des symboles, par une vision unique et universelle.

Tout ceci n'est qu'un petit aperçu de la richesse des symboles que l'on peut trouver en étudiant les vierges noires.


* concernant la roue

De tout temps, pour célébrer le sacré, les civilisations ont connu soit des réunions en cercle, soit des rondes autour d'un feu, d'un arbre, d'une source, d'une statue. Les druides ont pratiqué ces rondes, les évêques aussi (je crois qu'ils l'ont un peu oublié...) et tout le monde connaît les rondes de la saint Jean... Le rond, le cercle, la roue ont donc une valeur sacrée bien spéciale...
Dans les représentations hindoues égyptiennes ou grecques, c'est le serpent qui est disposé en cercle et qui signifie ainsi la vie universelle dont l'agent magique, l'agent moteur, est la lumière; c'est le serpent enroulé qui est au Moyen-âge appelé ouroboros et, comme la circonférence entourant les croix hermétiques, il représente pour les alchimistes, l'unité de la matière et en même temps le fluide universel ou la rénovation perpétuelle de la nature.
Ce n'est pas le cercle en soi qui a une profonde signification sacrée, c'est le cercle en mouvement, c'est la ronde ou la roue...
Pour les initiés extrême-orientaux, la fleur de lotus en rotation marque la connaissance suprême et Bouddha est représenté dans les temples avec à ses côtés des roues, fleurs de lotus stylisées. Au Moyen-âge, en Europe, il en est de même avec les rosaces censées représenter le mouvement circulaire de la rose emblématique des initiés. C'est pourquoi la grande rosace des cathédrales est appelée à l'origine "rota", la roue.