Les Fondateurs :

Si 9 chevaliers se présentèrent bien devant le roi de Jérusalem en 1119, l’Ordre des Templiers puise son origine bien avant cette rencontre en Terre Sainte…

Il doit sa création à trois personnalités hors du commun :

- Bernard de Clairvaux (futur Saint Bernard)

- Hugues de Payns

- Le Comte de Champagne

I.  Bernard de Clairvaux :

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Voilà sans doute un des hommes les plus extraordinaire de cette époque, et peut-être même Le véritable créateur de l’Ordre des Templiers…

Né en 1090 dans une grande famille noble de Bourgogne, Bernard est le troisième des sept enfants de Tescelin de Fontaine (dit le Roux) et d’Aleth de Montbard.

À l’âge de neuf ans, on l’envoie à l’école canoniale de Châtillon-sur-Seine* 1, où il montre un goût particulier pour la littérature. En 1112, il entre à l’Abbaye de Cîteaux, fondée en 1098 par Robert de Molesme, et dont Étienne Harding vient juste d’être élu abbé.

En 1115, Étienne Harding envoie le jeune homme à la tête d’un groupe de 12 moines pour fonder (sur un territoire offert par le Comte de Champagne au retour de Terre Sainte de son vassal Hugues de Payns …) une nouvelle maison cistercienne dans la vallée de Langres. La fondation est appelée « claire vallée », qui devient ensuite « Clairvaux ».

Bernard est élu abbé de cette nouvelle abbaye, et confirmé par Guillaume de Champeaux, évêque de Chalons et célèbre théologien.

Les débuts de Clairvaux sont difficiles : la discipline imposée par Bernard est très sévère. Bernard poursuit ses études sur l’Écriture Sainte et sur les Pères de l’Église.

Il a une prédilection presque exclusive pour Saint Augustin et pour le Cantique des Cantiques : En effet il prononcera pas moins de 86 sermons sur ce Cantique, considéré comme l’œuvre maîtresse attribuée - selon la Bible - à Salomon* 2

Dès sa prise de fonction le jeune Bernard (il n’a alors que 25 ans) va prendre en main toute la politique de l’Occident. Et avec quelle autorité !

Celui que l’on surnommera plus tard l’âme des croisades, tancera en effet vertement rois, papes, évêques et grands vassaux, grands abbés, de Cluny à Saint-Denis et tous plieront, bon gré mal gré, devant ce petit moine au poil roux, dévoré de divine ardeur et de phtisie, qui dominera de son haut esprit la chrétienté toute entière. 

Pour le moment, les gens finissent par affluer dans la nouvelle abbaye, et Bernard convertit même toute sa famille : son père, Tescelin, et ses cinq frères entrent à Clairvaux en tant que moines. Sa sœur, Ombeline, prend également l’habit au prieuré de Jully – les - Nonnains. Dès 1118, de nouvelles maisons doivent être fondées pour éviter l’engorgement de Clairvaux (ex: Abbaye Notre-Dame de Fontenay). En 1119, Bernard fait partie du chapitre général des cisterciens convoqué par Étienne Harding, qui donne sa forme définitive à l’ordre. La « Charte de Charité » qui y est rédigée est confirmée peu après par Calixte II.

C’est à cette époque que Bernard rédige ses premières œuvres, des traités et homélies, et surtout une Apologie, (Ecrite sur la demande de Guillaume de Saint - Thierry), qui défend les bénédictins blancs (cisterciens) contre les bénédictins noirs (clunisiens). Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, lui répond amicalement, et malgré leurs différends idéologiques, les deux hommes se lient d'amitié. Il envoie également de nombreuses lettres pour inciter à la réforme le reste du clergé, en particulier les évêques. Sa lettre à l’archevêque de Sens, Henri de Boisrogues, surnommée par la suite De Officiis Episcoporum (Sur la conduite des évêques) est révélatrice du rôle important joué par les moines au XIIe siècle, et des tensions entre clergé régulier et séculier.

En 1128, Bernard participe au concile de Troyes, convoqué par Honorius II et présidé par Matthieu d’Albano, légat du Pape. Bernard est nommé secrétaire du concile, mais en même temps il est contesté par une partie du clergé, qui pense que Bernard, simple moine, se mêle de choses qui ne le regardent pas.

«  Les affaires de Dieu sont les miennes, dit-il et rien de ce qui le regarde ne m’est étranger ! »

C’est lors de ce concile que Bernard fait reconnaître la milice du Temple dont il rédige lui-même les statuts et leur donne la règle et le costume. En 1610, on a retrouvé 1'acte aux archives de la bibliothèque de Paris, ainsi qu’à Rome et à Dijon. Leur charte définitive leur sera donnée en date de 1163 ainsi que la constitution de 1'ordre.

Devenu une personnalité importante et écoutée dans la chrétienté, il intervient dans les affaires publiques, il défend les droits de l’Église contre les princes temporels, et conseille les papes. En 1130, après la mort d'Honorius II, lors du schisme d’Anaclet II, c’est sa voix qui fait accepter Innocent II.

En 1132, il fait accepter par le pape l’indépendance de Clairvaux vis-à-vis de Cluny.

Dans cette période de développement des écoles urbaines, où les nouveaux problèmes théologiques sont discutés sous forme de questions (quaestio) et d’argumentations et de recherche de conclusion (disputatio), Saint Bernard est partisan d’une ligne traditionaliste. Il combat les positions d’Abélard, approximatives d'un point de vue théologique, et le fera même condamner au concile de Sens en 1140.

En 1145, Clairvaux donne un pape à l’Eglise, Eugène III. Lorsque le royaume de Jérusalem est menacé, Eugène III, lui-même cistercien, demande à Bernard de prêcher la deuxième croisade à Vézelay le 31 mars 1146 puis à Spire.

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Saint Bernard prêchant la deuxième croisade à Vézelay

Il le fera avec un tel succès que le roi Louis VII le Jeune et l’Empereur Conrad III prennent eux-mêmes la croix !

Plein de zèle pour l’orthodoxie, il combattit aussi les thèses de Pierre de Bruys, d’Arnaud de Brescia, et condamna les excès de Raoul, un ancien moine de Clairvaux, qui demandait le massacre des Juifs. En cette même année 1148 il prêche la croisade en Hainaut et séjourne à Mons, la capitale des comtes de Hainaut.

Saint-Bernard fondera jusqu’à 72 monastères, répandus dans toutes les parties de l’Europe : 35 en France, 14 en Espagne, 10 en Angleterre et en Irlande, 6 en Flandre, 4 en Italie, 4 au Danemark, 2 en Suède, 1 en Hongrie.

En 1151, deux ans avant sa mort, il y a 500 abbayes cisterciennes. Clairvaux compte 700 moines.

Bernard meurt en 1153, à 63 ans.

Canonisé le 18 juin 1174 par Alexandre III, Bernard de Clairvaux a été déclaré docteur de l’Eglise par Pie VIII en 1830. On le fête le 20 août.

* 1 Nous y reviendrons plus tard pour expliquer l’importance de Notre Dame dans l’Ordre du Temple… non sans évoquer au passage la tradition celtique et les…Druides.

* 2 Dans sa 17ème épître à Bernard de Clairvaux, Pierre le Vénérable (abbé de Cluny) écrit qu’il lui a fait l’envoi d’une nouvelle traduction du Coran, de l’arabe en latin, exécutée par Pierre de Tolède.

L’appellation, « Les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon » est d’une rare précision et ses termes furent donc choisis avec un soin méticuleux…

Car Salomon est pour les trois religions monothéistes un grand et illustre personnage, roi - prophète et mage, alliant ainsi le temporel au spirituel.

Or c’était le destin même de Bernard de Clairvaux que d’associer l’épée temporelle et l’épée spirituelle !

N’écrivait-il pas au pape Eugène (lettre56) : « Il faut sortir les deux glaives… ! »

Du reste, pourquoi les autres Ordres - antérieurs ou postérieurs – se sont-ils appelés : Ordre de Saint - Jean de Jérusalem, du Saint - Sépulcre, de Saint - Lazare, de Sainte - Marie des Teutons…et pourquoi seul celui des Templiers s’est-il appelé : « et du Temple de Salomon » ? Simplement parce qu’ils y furent logés nous disent les historiens… !

à suivre...

crucita